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Amphibiens en
péril
Par Nicolas VARANGUIN et Daniel SIRUGUE
Avec 27 espèces, la France est le pays d'Europe le plus riche en amphibiens.
La Bourgogne en compte 17. De par sa situation géographique, elle est
le lieu de rencontre entre une faune médio-européenne, atlantique
et méditerranéenne.
Les amphibiens sont dépendants
du milieu aquatique où ils vont effectuer leur développement larvaire.
Adultes, la plupart y sont étroitement liées. Indispensables dans
la chaîne biologique, ils y tiennent un double rôle : celui de prédateurs
et celui de proies.
Tous protégés par
la loi française*, les amphibiens sont extrêmement vulnérables
de par les relations qu'ils entretiennent avec leurs milieux de vie, très
malmenés actuellement. La situation de nombreuses espèces est
critique dans certains secteurs, que ce soit à l’échelle
bourguignonne, française, ou même européenne. Le
Sonneur à ventre jaune (Bombina
variegata) et le Triton crêté
(Triturus cristatus)
sont inscrits en annexe II de la « Directive Habitats », le Triton
marbré (Triturus marmoratus) en annexe IV.
* loi du 10 juillet 1976, relative à la Protection de la Nature, interdisant
sur tout le territoire national et en tout temps : la destruction ou l’enlèvement
des œufs, la destruction, la mutilation, la capture ou l’enlèvement,
la naturalisation, le colportage, le transport, la vente ou l’achat (vivants
ou morts) des animaux protégés
.
Le Triton crêté et les mares de bocage
Triton crété mâle. Cet amphibien est un des plus exigents quant à la qualité de ses habitats

Photo D.
Sirugue
En bourgogne, le Triton crêté (Triturus cristatus) présente une préférence marquée pour les milieux ouverts. C’est, avec la Rainette verte (Hyla arborea), l’espèce typique du bocage, et de ses mares abreuvoir. Espèce sténotope, ses exigences sont strictes : eaux claires et profondes, pas trop fraîches, assez bien ensoleillées et pourvues d’une riche végétation, laissant des zones d’eau libre. La présence de poissons est un facteur limitant
Répartiton du Triton crété ( Triturus cristatus )en Bourgogne.( 1990-2003 )

Les mares abreuvoir possèdent souvent des caractéristiques favorables, ce qui explique leur attractivité pour le Triton crêté, mais celui-ci peut aussi se reproduire dans de petits étangs, dans des carrières, des mares de village ou forestières, voire même des puits.
Les populations les plus importantes de ce triton sont directement liées aux régions de bocage (Auxois, Charollais-Brionnais, Nivernais Bazois…)
Le maintient des mares et abreuvoirs est prioritaire pour la sauvegarde du Triton crété en Bourgogne.

Photo N. Varanguin
Ailleurs, les sites connus
sont souvent isolés.
Une des menaces majeures qui pèse sur les populations de Triton
crêté, mais aussi sur les autres espèces
d’amphibiens liées à ces sites en Bourgogne concerne la
disparition de leurs milieux de reproduction. De nombreuses pâtures et
leurs mares abreuvoir cèdent leur place à des terres cultivées
(Plateaux de Bourgogne, Châtillonnais, Auxois…), entraînant
soit une disparition totale des espèces, soit une fragmentation extrême
des populations pouvant mener à une extinction locale. De même,
les mares de village, outre leur intérêt patrimonial et historique,
ont aujourd'hui perdu leur rôle (ressource en eau, abreuvoir, usage domestique,
artisanal…)
Le bocage de la vallée de l'Yonne, céde progressivement la place aux grandes cultures, entrainant la disparition des mares

Photo N. Varanguin
.Jugées souvent insalubre
ou encombrantes, elles sont souvent comblées ou finissent par disparaître
naturellement par manque d’entretien (atterrissement).
Depuis une cinquantaine d'années, 30 à 95 % des mares ou petites
zones humides ont disparu sur certains secteurs en France. En Bourgogne, dans
certaines petites régions, et en particulier celles soumises à
une agriculture intensive, près des 2/3 des sites potentiels ont été
comblés par l’homme en une quinzaine d’année.
illustrations 17, 18, 19, 21
Le Triton marbré

Photo N. Varanguin
La présence du Triton marbré (Triturus
marmoratus) en Bourgogne est exceptionnelle, puisqu’il
y atteint sa limite nord-est de répartition. Espèce jumelle du
Triton crêté, avec lequel il peut même parfois s’hybrider,
il semble préférer dans la région les mares forestières
Mare foretière, milieu favorable à la reproduction du Triton marbré et du Sonneur à ventre jaune
.
Photo N. Varanguin
Répartiton du Triton marbré( Triturus marmoratus )en Bourgogne (1990-2003)

Le Sonneur à ventre jaune

Photo N.
Varanguin
Le Sonneur à ventre jaune,( Bombina variegata ) autrefois abondant sur l’ensemble du territoire, est aujourd’hui en forte régression sur l’ensemble de son aire de répartition. Il est menacé par le curage intensif des fossés, le comblement des mares, les débardages durant les périodes de reproduction, l’assèchement des zones humides.

Photo N.
Varanguin
Très rare dans le
département de l’Yonne, il est très localisé ailleurs.
Il occupe des petits ruisselets prairials comme dans le sud Morvan, des mares
en lisières forestières, et profite souvent des ornières
créées par les engins de débardage dans les grandes forêts
de Côte d’Or.
Des prospections systématiques ciblées
sur les espèces phares
L’OFAPB s’est fixé comme objectifs d’identifier les
secteurs prioritaires dans une logique de préservation régionale
des espèces menacées, et de réaliser un inventaire systématique
de leurs biotopes sur les entités naturelles favorables, comme l’Auxois
ou le Bazois pour le Triton crêté,
la Puisaye pour le Triton marbré
ou encore le sud de la Nièvre et de la Saône-et-Loire
pour la Cistude d’Europe.
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