Bryologie
par Jean BEGUINOT
article paru dans le bulletin 188
LES MOUSSES
OU LE SUCCES CONFIRME DES VIEILLES RECETTES
Malgré l’absence de toute vascularisation, les Mousses sont presque
partout présentes dans la Nature.
Un problème d’adduction d’eau irrésolu…
… compensé par de remarquables adaptations spécialisées
Tandis que la végétation terrestre s’élance en hauteur,
dans une compétition effrénée vers la lumière, les
Mousses se restreignent habituellement à un modeste feutrage tapissant
sols, roches ou écorces.
Cette "stratégie de moquette" n’est pourtant pas manque
d’allant : la végétation muscinale occupe en effet les créneaux écologiques
les plus divers, y compris ceux qui rebutent à peu près toutes
les autres formes de vie végétale (sauf parfois les lichens). Non,
le développement limité en hauteur (et en hauteur seulement !)
des Mousses n’est pas manque de vigueur de leur part mais seulement conséquence
d’un problème "d’adduction d’eau".
Un problème qui nous renvoie il y a 450 millions d’années,
quand la végétation, jusqu’alors exclusivement aquatique,
a commencé à s’aventurer sur la terre ferme. De ce long passé aquatique,
la vie a conservé un besoin constant et absolu d’alimentation en
eau, laquelle, jusque là, lui venait tout naturellement par l’ambiance
aquatique. Problème crucial pour la végétation terrestre,
dès que la taille individuelle éloigne tant soit peu les feuilles
des racines !
La solution : l’invention d’un système de tuyauterie élaboré qui
assure l’adduction d’eau nécessaire à partir des sources
racinaires. Telle fut donc la solution généralement adoptée,
la mise au point de la vascularisation sifflant ainsi le départ de la
course végétale vers les hauteurs.
Les Mousses se sont refusé cet investissement, ne comptant donc que sur
l’alimentation pluviale directe et sur l’imbibition
par capillarité. Handicap à priori totalement rédhibitoire… Et pourtant, les
surfaces couvertes par la végétation muscinale sont bien loin d’être
ridicules par rapport à celle couvertes par la végétation
vasculaire !
C’est que les victoires conquises par les Mousses se situent sur d’autres
fronts d’adaptation, permettant de compenser ce sévère
handicap :
* adaptation de l’activité chlorophyllienne aux milieux très
ombreux, moins sujets à dessiccation
* et/ou remarquable capacité de reviviscence après dessèchement
prolongé.
L’amour dans une goutte d’eau :
La reproduction sexuée, soumise aux aléas des rencontres, pose évidemment
sérieux problème aux végétaux, essentiellement
immobiles.
Certes, en milieu aquatique, l’eau s’offre opportunément comme
média entremetteur, les gamètes mâles (spermatozoïdes) étant,
en effet, excellents nageurs. Pour la végétation terrestre, en
revanche, les choses sont moins simples. Faute de "capacité aviaire",
les gamètes mâles sont astreints à se faire véhiculer
par des émissaires appropriés de la plante. Les grains de pollen,
en effet, sont les messagers amoureux, les "Mercures galants" des fleurs
qui les émettent. Arrivés à bon port sur les pistils, les
grains de pollen délivreront alors les gamètes heureux élus
qui, dès lors, fraieront leur chemin sans délai vers les ovules à féconder.
Chez les Mousses (comme
chez les Fougères) les petits véhicules
aériens transporteurs de gamètes mâles n’ont pas été inventés
: pas d’étamines ni de pollen chez ces "primitifs". De
sorte que c’est aux gouttes de pluie, faisant pont ou viaduc entre les
brins de mousses de sexe opposé, qu’échoie le rôle
d’entremetteur permettant aux petits spermatozoïdes nageurs de rejoindre
leurs ovules bien aimés
.
Quelques Mousses aux Carrières de Nanton (71)
HYPNE
QUEUE DE RENARD = Thamnium alopecurum, rochers
et terres humides, plutôt
calcicole ;
HYPNE TISONNIER = Brachythecium
rutabulum, rochers, terre, vieux bois, grande amplitude écologique
;
HYPNE A FEUILLES TRIANGULAIRES = mousse des jardiniers = Rhytidiadelphus
triqueter, terre et rocailles ombragées
sur sols non acides ;
HYPNE À ALLURE DE CYPRÈS = Hypnum
cupressiforme,
tous substrats et très large écologie (et, conséquemment,
très polymorphe) ;
THUIDIE À FEUILLES
DE TAMARIX = Thuidium
tamariscifolium,
terre, rochers et vieux bois humides, en terrains non acides,
HYPNE PUR = Pseudoscleropodium
purum, bois clairs et pelouses moyennement humides ;
DICRANE
EN BALAI = Dicranum
scoparium, terre, rochers, troncs, pas trop calcaires ;
MNIE ONDULÉE =
Mnium undulatum, terre
humide et ombragée, sous bois humides ;
MNIE APPARENTÉE= Mnium
affine, terre humide dans bois frais ;
POLYTRIC ÉLEGANT = Polytrichum
formosum, terre ombragée
en sous bois, ni trop acide, ni trop calcaire;
HYPNE EN
PEIGNE MOU = Ctenidium molluscum, rochers
et terre calcaires ombragés ;
HYPNE
RIDÉ = Rhytidium
rugosum, pelouses
calcaires ensoleillées ;
GRIMMIE
EN COUSSINET =
Grimmia cf. pulvinata,
rochers secs plutôt calcaires, mortier des murs ;
PORELLE À FEUILLES
LARGES = Porella platyphylla,
troncs et rochers ombragés plutôt
humides ;
FRULLANIE
APPLATIE = Frullania
dilatata, troncs (parfois rochers) ombragés.
* Pour en savoir plus : Béguinot, J., Moreau, M. & Anonyme. 2004. Nanton et ses carrières : notice géologico-historique, la pierre et les hommes, la flore, la faune. Livret-guide de l’excursion ADSSSL, 1er mai 2004. Soc. Sc. nat. de Sennecey-le-Grand, inédit : 25 pages