Les chauves-souris

par Stéphane G. ROUE & Daniel SIRUGUE

 

Pour une étude plus complète, voir le numéro de BOURGOGNE NATURE Hors série 2005 : Les Chauves Souris.


Véritables enjeux patrimoniaux, les chauves-souris ont fait l’objet d’une attention particulière dès 1992 lors de l’inventaire des mammifères sauvages du Morvan.

Plan Régional d’Actions Chauves-souris (PRAC), entrepris depuis 1999

Ce plan a pour objectifs :
1/ Etat des connaissances, synthèse des données existantes.
2/ Inventaire des espèces et des habitats, suivi des populations des espèces fragiles.
3/ Propositions pour la conservation des habitats et des espèces et intégration aux démarches de gestion de l’espace rural

Exemple:.

Etroite relation entre les chauves-souris & le réseau hydrographique en Bourgogne
L'inventaire et le suivi des populations de chauves-souris sont menés principalement durant deux époques annuelles : l'hiver et l'été. Chacune de ces époques a fait l'objet de prospection à la recherche de nouveaux sites dans le cadre du PRAC.


Mammifère insectivore, les femelles se regroupent en colonie à la belle saison pour mettre bas un seul jeune par an. A cette époque, une recherche communale a été entreprise notamment par la visite des bâtiments (église, chapelle, château, ancien moulin, abbaye, ruine, maison forestière...)

. Depuis 1998, les 2044 communes bourguignonnes ont fait l'objet d'une pression de prospection et d'observation après l'envoi de courriers pour solliciter les mairies et les propriétaires de châteaux

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Au 1er janvier 2003, nous avons la connaissance de 1182 bâtiments accueillant des chauves-souris et de 413 sites pour la mise bas. La carte ci-dessus illustre le lien étroit qu'il existe entre les rivières et la présence des colonies de mise bas de chauves-souris. D'où toute l'importance de la préservation de ces milieux de chasse pour le maintien des chauves-souris


Le Petit rhinolophe ( Rhinolophus hipposideros )est une espèce en régression en Europe. Actuellement, elle est encore bien présente en Bourgogne (228 sites de mise bas sur 413 sites connus) comme dans l’Auxois, les Plateaux de Bourgogne et dans le Nivernais où elle trouve des habitats préférentiels comme le bocage ou l’association boisements rivulaires et pâtures à bovins. De part leur fragilité, notre région a donc une responsabilité dans le maintien des populations de cette espèce à l'échelle européenne.
illustrations sur le CD Stéphane « Page_chiro »
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Habitats favorables à la chasse du Grand rhinolophe

Espèce en fort déclin dans le nord-ouest de l'Europe, le Grand rhinolophe ( Rhinolophus ferrumequinum ) fait l'objet d'une attention particulière, d'où de nombreuse études scientifiques qui ont permis de définir les habitats utilisés pour la chasse nocturne.

Le Grand rhinolophe recherche les paysages semi-ouverts, à forte diversité d'habitats comme ici dans la vallée de la Cure où une population a été étudiée.

Photo D.Sirugue

Les ripisylves, haies, lisières, forment des corridors boisés indispensables pour le déplacement du Grand rhinolophe où il trouve également de la nourriture ainsi que des lieux de reposoirs pour la chasse à l'affût des insectes

Détermination des territoires de chasse potentiels de quatre espèces de chauves -souris.

Nous avons réalisé une analyse des habitats potentiels de chasse, autour des sites de mise bas pour 4 espèces de l'annexe 2 de la Directive Habitats: Le Petit rhinolophe ( Rhinolophus hipposideros ), le Grand rhinolophe ( Rhinolophus ferrumequinum ), le Grand murin ( Myotis myotis ) et le Vespertilion à oreilles échancrées ( Myotis emarginatus ).

Leur vulnérabilité à l'échelle nationale, mais aussi européenne implique l'engagement d'actions de conservation en leur faveur. La répartition régionale de ces epèces anthropophiles est relativement bien connue grâce aux dernières campagnes de prospections menées dans le cadre du Plan régional d'actions chauves-souris.

Ainsi une délimitation des territoires de chasse des colonies autour des principaux gîtes bourguignons de mise bas est en cours de réalisation, dont 91 zones sont déjà définies autour de 133 colonies, avec pour objectif leur inscription à l'inventaire des Zones Naturelles d'Intérêt Ecologique, Floristique et Faunistique ( ZNIEFF )

Présentation de 21 espèces bourguignonnes

 

Richesse spécifique par maille au quart de 1/25000ème

(Nombre d'espèces par quadrat)
Chiroptères - 1985-2001

Le territoire bourguignon s’étend sur 537 quadrants de la carte 1/25000ème IGN et la présence d’au moins une espèce a été prouvée pour 386 quadrants durant la période 1985-2003 (voir carte ci-dessus).

Rhinolophidés

Avec trois espèces en Bourgogne, les rhinolophidés se distinguent par un nez en forme de fer-à-cheval et une tendance à se suspendre en s’enveloppant dans leurs ailes durant l’hibernation.

D’origine méditerranéenne, c’est une famille facile à distinguer. Son représentant le plus petit, le Petit rhinolophe est bien présent dans l’Auxois, les Plateaux de Bourgogne et dans le Nivernais où il trouve des habitats préférentiels comme l’association boisements rivulaires et pâtures à bovins. Avec moins d’une dizaine de sites de mise bas,

Le Grand rhinolophe est une espèce en danger et notamment les habitats de chasse qu’il fréquente en milieu bocager. De plus, elle se regroupe en nombre important dans quelques sites, augmentant ainsi sa vulnérabilité.

Le Rhinolophe euryale était bien présent en Bourgogne dans les années 1950 avec plusieurs centaines d’individus observés dans des grottes de Côte-d’Or. Aujourd’hui quelques individus en Côte-d’Or sont observés en période d’hibernation.Aucun site estival n’est connu.

Petit rhinolophe en hibernation

Photo D. SIRUGUE



Grand rhinolophe Rhinolophus ferrumequinum

Photo D. SIRUGUE

 

Vespertilionidés

Espèce essentiellement liée aux zones humides, le Vespertilion de Daubenton est régulièrement observé sous les ponts. Il est donc principalement concerné par nos interventions lors de la réfection des ouvrages d’art afin de maintenir les disjointements occupés. Il fréquente également le milieu forestier mais où aucun gîte arboricole n’y a été découvert. Par contre, quelques individus ont été rencontrés dans un tilleul creux. Il chasse principalement au dessus des rivières et des plans d’eau. En hiver, il est rencontré en petit nombre, de quelques individus à plusieurs dizaines, dans les sites souterrains et rarement au delà d’une centaine d’individus dans un même site.

 

Vespertilion de Daubenton en vol Myotis daubentoni

Photo D. SIRUGUE


Le Vespertilion à moustaches est principalement rencontré en hibernation et exceptionnellement en grand nombre avec plus de 700 individus dans une ancienne carrière souterraine de l’Yonne.La majorité de la population hibernante se situe d’ailleurs dans ce département. Aucune donnée de reproduction n’a été notée en Bourgogne.

Vespertillon à moustaches Myotis mystacinus

Photo D. SIRUGUE

Associé fréquemment au Grand rhinolophe, le Vespertilion à oreilles échancrées occupe des bâtiments pour la mise bas ou encore une grotte en Bourgogne. Son régime alimentaire est principalement composé d’arachnides et de diptères. En hiver, on le rencontre dans des grottes et carrières souvent par petits groupes

Vespertillon à oreilles échancrées Myotis emarginatus

Photo D. SIRUGUE

sa présence n’est pas facile à déceler. On le rencontre également sous les ponts. En hibernation, observé en petit nombre dans les sites, il s’installe volontiers dans des fissures où l’on aperçoit un bout d’oreille.


Vespertillon de Natterer Myotis nattereri

Photo D. SIRUGUE

Le Vespertilion de Bechstein, caractéristique avec ses grandes oreilles, chasse tout proche de son gîte diurne (200 m à 2 km) surtout en glanant les insectes d’un vol papillonnant du sol à la canopée. Un seul indice de reproduction et de petites populations hivernales ne permettent pas de clarifier le statut bourguignon de cette espèce forestière.




Vesperillon de Bechtein Myotis bechteini

Photo D. SIRUGUE

 

Le Grand murin est l’une des plus grandes espèces européennes et une confusion est possible avec le Petit murin, qui n’a jusqu’alors jamais été noté en Bourgogne. Les colonies de mise bas de Grand murin comptent de quelques femelles, comme dans une grotte bourguignonne, à plusieurs centaines, voire milliers d’individus, comme dans une cave en Bourgogne avec plus de 1200 femelles. Les terrains de chasse de cette espèce sont généralement des espaces à sol très accessible car son comportement caractéristique de chasse est le glanage au sol des proies. Les forêts à sol dégagé, prairies pâturées, fauchées ou pelouses sont des milieux préférentiels où il consomme principalement des coléoptères

 
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Grand murin Myotis myotis

Photo D. SIRUGUE


Grand murin dans une colonie de mise bas

Photo D. SIRUGUE



La Noctule commune, espèce forestière et également citadine, est surtout notée par écoute ultrasonore. Aucun site de mise bas n’est connu en Bourgogne. Elle a été rencontrée dans des arbres creux (en 1935 au Jardin de l’Arquebuse à Dijon, en 1994 à Decize) et en hibernation dans un ancien tunnel ferroviaire.

Noctule commune Nyctalus noctula

Photo D. SIRUGUE

Comme pour sa “cousine”, la Noctule de Leisler est également principalement repérée par écoute ultrasonore. Egalement forestière, aucun gîte de mise bas ou estival n’est actuellement connu en Bourgogne. Elle a été rencontrée en hibernation dans une carrière souterraine et dans un ancien tunnel ferroviaire. Les noctules sont des espèces de haut vol qui chassent au-dessus de la canopée et autour des grands arbres, mais on peut les observer également au-dessus des grandes étendues d’eau à la tombée du jour. Elles exploitent aussi les insectes attirés par les sources lumineuses des villages et villes. Très peu notées jusque dans les années 1990, les noctules le sont fréquemment depuis l’étude acoustique.



Noctule de Leisler Nyctalus leisleri

Photo F. SCHWAAB



La Sérotine commune est principalement anthropophile en période estivale et s’installe dans les greniers de bâtiments. En hiver, elle est rencontrée ponctuellement dans des cavités souterraines. L’écoute ultrasonore et la capture ont permis d’affiner sa répartition. Son régime alimentaire est principalement composé de coléoptères.

Sérotine commune Eptesicus murinus

Photo D. SIRUGUE

La répartition de la Sérotine bicolore est mal connue car elle n’a été contactée que par écoute ultrasonore depuis une ancienne donnée en 1983 (maille 2925-5). Elle a été notée au-dessus d’un lac du Morvan et au bord de la Saône.

Sérotine bicolore Vespertillio murinus

Photo F. SCHWAAB

A noter la présence de la Sérotine de Nilsson dans l’Allier aux portes de la Bourgogne (carte 2527).

 

La Pipistrelle commune
est bien présente en Bourgogne. La technique par écoute ultrasonore nous a permis de mettre en évidence sa présence en de nombreux milieux. On peut parler d’espèce ubiquiste. Mais les gîtes peu accessibles qu’elle occupe en été ne permettent pas toujours d’apporter des preuves de mise bas. De plus, sa très faible utilisation du monde souterrain en fait une espèce dont la répartition est à poursuivre.

Pipistrelle commune Pipistrellus pipistrellus

Photo D. SIRUGUE

Les données de Pipistrelle de Nathusius résultent de quelques individus observés et d’indices par écoute ultrasonore. Espèce “migratrice”, 4 individus bagués en Lettonie ou Allemagne ont été trouvés en Bourgogne, soit des distances parfois de plus de 1500 km.

 


Pipistrelle de Nathusius Pipistrellus nathusii

Photo F. SCHWAAB

Proche morphologiquement de la Pipistrelle commune, la Pipistrelle de Kuhl a été décelée en Bourgogne par écoute ultrasonore, capture au filet ou récolte de cadavres. Espèce méridionale, on observe depuis plusieurs années, en Europe, sa progression vers le nord. Un seul indice de reproduction à ce jour en Bourgogne (sud Saône-et-Loire).



Espèces caractéristiques avec leurs grandes oreilles, les Oreillards sont difficiles à différencier. Seules des mesures biomètriques permettent de séparer l’Oreillard roux, aux moeurs forestières, de l’Oreillard gris aux moeurs plus anthropophiles notamment par son installation dans des bâtiments pour la mise bas. Ils chassent tous deux préférentiellement des lépidoptères et sont capables de pratiquer le vol stationnaire tel un colibri. En hiver, les Oreillards ont la particularité de replier leurs oreilles sous leurs ailes et se rencontrent en petit nombre dans les cavités souterraines. Compte-tenu de l’impossibilité de les différencier à vue, la répartition de chaque espèce reste difficile à apprécier.

Oreillard sp Plecotus sp

Photo D. SIRUGUE

L'Oreillard gris aux moeurs plus anthropophiles notamment pour son installation dans les bâtiments pour la mise bas.


Oreillard gris Plecotus austriacus

Photo D.Sirugue

Grande consommatrice de microlépidoptères, la Barbastelle d’Europe est liée aux milieux forestiers, ce que confirme l’étude acoustique. En Bourgogne, on rencontre cette petite chauve-souris noire à la face caractéristique principalement dans les doubles poutres en milieu bâti pour la mise bas et on peut supposer l’occupation de cavités arboricoles. En hiver, elle est généralement solitaire et occupe des gîtes variés et peu protégés du froid. En effet, elle ne rejoint les sites souterrains que lors de périodes de grand froid et occupe principalement des lieux à basse température (proche de 5°) comme les tunnels ou les anciennes carrières

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.Barbastelle d'Europe Barbastrellus barbastrellus

Photo D.Sirugue

Le Minioptère de Schreibers
, strictement cavernicole, se trouve en Bourgogne en limite de répartition. Les populations actuelles résultent d’échanges avec les populations franc-comtoises. Dans les années 1950, il se reproduisait encore dans des grottes bourguignonnes... La cause de sa régression en Bourgogne reste à préciser.



Minioptère de Schreibers Miniopterus schreibersii

Photo D.Sirugue

Ces résultats sont aussi le fruit du travail entrepris par les membres du Groupe Chiroptères Bourgogne depuis 1995. Une campagne de prospection hivernale a été entamée à sa création et a donné lieu à la création d’un stage hivernal dans l’Yonne dès 1996, soit déjà 6 stages à ce jour. De 1998 à 2001, 4 stages de prospection estivale ont également eu lieu en Bourgogne (Puisaye, Plateau de Bourgogne, Nivernais, Arrière-Côte et Côte Chalonnaise) avec la participation moyenne de 20 personnes et compléter par la prospection estivale d’autres zones (Charolais-Brionnais, Sud Nivernais, Bresse Bourguignonne, Auxois).
Ce travail d’inventaire se poursuit, vous pouvez nous communiquer vos données et participer aux activités du Groupe chiroptères Bourgogne. Ceci contribuera à l’atlas des mammifères sauvages de Bourgogne.