A la recherche des écrevisses bourguignonnes
par Laurent PARIS
Six espèces d’écrevisses
sont présentes en Bourgogne. Elles habitent de nombreuses rivières
et plans d’eau de la région, mais de quelles espèces parle
t’on ? Si les écrevisses originaires d’Amérique du
nord récemment importées se taillent la part du lion, celles naturellement
présentes en France se font de plus en plus rares. Les lieux occupés
anciennement par des espèces françaises (mentionnés dans
les quelques notes bibliographiques bourguignonnes) sont actuellement pour la
plupart, soit vides d’écrevisses, soit habités par des américaines.
De sorte, qu’il n’y a pas si longtemps, les populations connues
d’écrevisses françaises, si abondantes jusque dans les années
50, ne dépassait pas la dizaine en Bourgogne. Il y a environ 10 ans,
quelques petites populations d’écrevisses “à pieds
blancs” ont été redécouvertes dans le Morvan un peu
par hasard dans des ruisseaux à peine naissants. Ces nouvelles données
ont incité le Parc naturel régional du Morvan (PnrM) à
prospecter dès 1994 les innombrables rus et rivières du massif.
Le Conseil Supérieur de la Pêche (CSP), dans le cadre de “l’Enquête
Nationale Ecrevisses”, incita certaines brigades départementales
à réaliser des vérifications ou de nouvelles prospections.
Parallèlement à ces démarches, un groupe de recherche sur
les écrevisses de Bourgogne est né en 2000 : le Groupe Ecrevisse
Bourguignon (GEB) créé à l’initiative
du PnrM et du CSP.

Ses objectifs
:
* Dans un premier temps, vérifier les quelques données historiques
disponibles, organiser la prospection par secteur et selon un protocole commun,
alimenter une base de donnée sous système d’information
géographique.
* puis enrichir l’inventaire des ZNIEFF Bourguignonnes et élaborer
des propositions de gestion.
Premier bilan
:
Depuis la création du GEB, 350 sites
ont été prospectés (un site est une zone de prospection.
il peut y avoir plusieurs sites sur un même cours d’eau)
Les espèces autochtones par nombre de sites connus et par département
(au 01/02/2002)
Départements |
21 |
58 |
71 |
89 |
Total |
|
| Ecrevisse à "pieds blancs" | Austropotamobius pallipes | 11 |
36 |
29 |
10 |
86 |
| Ecrevisse à "pieds rouges" | Astacus astacus | 3 |
1 |
4 |
Austropotamobius pallipes semble encore assez bien représentée. Mais les populations connues à ce jour sont peu denses et presque toutes situées dans des zones “refuges” en amont des cours d’eau. Elles étaient très fréquentes autrefois.
Astacus astacus n’est plus présent que dans quelques sites, alors qu’elle était souvent mentionnée même dans certains canaux. La situation de l’espèce, bien qu’inquiétante, est cependant presque “normale” . C’est en effet une espèce dont l’aire de distribution naturelle, centrée au nord-est de l’Europe, effleure à peine la Bourgogne.
Les espèces introduites
par nombre de sites connus et par département (au 01/02/2002)
L’état des lieux concernant les espèces introduites est
loin d’être complet. Beaucoup de données existent potentiellement,
mais la collecte de celles-ci est encore très partielle
Départements |
21 |
58 |
71 |
89 |
Total |
|
| Ecrevisse à pattes grêles | Astacus leptodactylus | 2 |
2 |
|||
| Ecrevisse américaine | Oronectes limosus | 6 |
9 |
1 |
9 |
25 |
| Ecrevisse de Californie | Pacifastacus leniusculus | 10 |
11 |
21 |
||
| Ecrevisse de Louisiane | Procambarus clarkii | 3 |
3 |
.
Orconectes limosus (l’écrevisse
américaine), introduite il y a plus de 100 ans, est présente
dans la plupart des grands plans d’eau et dans beaucoup de cours d’eau
de plaine. Même si sa présence est connue depuis longtemps, les
données n’ont pas encore été vérifiées
et saisies dans la base de données. Il en va de même
pour Pacifastacus leniusculus (l’écrevisse de Californie), arrivée en France il y a environ 25 ans et qui depuis a conquis de grands linéaires de rivières de montagne ou de plaine
. Procambarus clarkii arrivée à peu près en même temps que l’écrevisse de Californie est peu présente pour le moment (connue en Puisaye).
Quant à Astacus leptodactylus, originaire d’Europe de l’Est, son statut est mal connu. Seule espèce étrangère à être légalement vendue vivante en France, elle est probablement introduite en étangs privés, mais pour l’instant peu présente en rivière.
Répartition des deux espèces françaises en Bourgogne
Ecrevisse à"pieds blancs" 86 sites ----Ecrevisse "à pieds rouges" 4 sites


Textes,cartes, dessins et photos de Laurent PARIS
Ecrevisse "à pieds blancs" Austropotamobius pallipes



L=max 120mm
• Céphalothorax présentant une série
d’épines bien visibles en arrière du sillon cervical (1).
Crête postorbitale à une seule épine (2).
• Rostre à bords convergents se terminant par
un triangle.Crête médiane dorsale peu marquée et non denticulée
(3).
Ecrevisse "à pieds rouges" Astacus astacus



L. max
Mâle : 180 mm
Femelle : 130 mm
• Céphalothorax présentant une ligne d’épines
latérales en arrière du sillon cervical (1). Crête postorbitale
à deux épines (2).
• Rostre à bords lisses et parallèles.Crête
médiane dorsale denticulée (3).
• Pinces rouges sur le face ventrale. Doigt fixe échancré
chez le mâle (4)
Pour en savoir plus, consulter Ecrevisses dans Publications,rubrique Crustacés et invertébrés; Laurent PARIS et Damien LERAT y
exposent les données récentes
Les
moules aquatiques
par Laurent Paris
La malacologie française a produit de nombreuses publications au XVIIIème
siècle, jusqu’à une synthèse réalisée
par Germain en 1930. Il a fallu attendre 60 ans pour qu’on s’intéresse
de nouveaux aux mollusques aquatiques, notamment par la mise au point sur
leur
statut en France réalisée par Bouchet en 1990.
L’inscription de deux moules aquatiques à l’annexe II de la Directive Habitat en 1992
Margaritifera
margaritifera et Unio
crassus, toutes deux présentes en Bourgogne) a suscité
de nouvelles recherches sur ce groupe peu connu de façon à mieux
connaître leur répartition actuelle, leurs exigences et les actions
à entreprendre (ou à éviter) pour leur sauvegarde (Cochet,
1998).
Unio crassus ayant un
statut mal connu, nous présentons ci-après uniquement Margaritifera
margaritifera.
La mulette est un des meilleurs bio-indicateurs de la qualité des milieux aquatiques du fait de sa longévité (plus de 100 ans, avec un maximum de 167 ans) et de sa sensibilité.
En Morvan, elle est présente sur les bassins de la Cure, du Chalaux,
de l’Yonne, du Ternin, du Méchet et du Cousin. Le Cousin,
du fait de la preuve de reproduction récente et de l’abondance
des indices de présence, est l’une des dix meilleures rivières
à mulettes de France. Les mulettes du Morvan, récemment redécouvertes,
constituent une des richesses écologiques de Bourgogne. Le Morvan est
aussi la seule localité connue de l’espèce sur l’ensemble
du bassin de la Seine


voir aussi: Moules d'eau douce dans Publications,rubrique Crustacés et invertébrés