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LES GROUPEMENTS VEGETAUX SYLVATIQUES HYGROPHILES DU MASSIF DE SAINT-SAULGE (NIEVRE
)

article paru dans le bull N° 177

par Jean-Claude FELZINES

Résumé - La présence de forêts hygrophiles (aulnaie subatlantique Dryopterido dilatatae-Alnetum glutinosae ass. nov., boulaie à Sphagnum palustre var. centrale, frênaies), malgré leur faible étendue et leur dispersion, de même que l'existence d'Osmunda regalis (une dizaine de stations), d'Equisetum hyemale et d'une mousse, Hyocomium armoricum, renforcent la valeur patrimoniale du massif de Saint-Saulge. L'étude apporte des compléments sur la répartition régionale de quelques espèces.

Le massif de Saint-Saulge est un petit horst granitique au coeur des terrains jurassiques du Nivernais qui s'allonge du nord au sud sur 20 km environ, pour une largeur n'excédant pas 5 km. Les parties les plus élevées, correspondant à des surfaces aplanies, ont une altitude voisine de 400 m. DHIEN (1943, 1946) a donné un bref aperçu de la flore et une liste des Bryophytes (sphaignes exceptées). La végétation est de type prairial bocager sur les bordures de granite et granodiorite fortement arénisés, au sud près de Rouy, aux alentours de Saint-Saulge à l'est et de Saint-Franchy à l'ouest. Ailleurs, sur la majeure partie du massif formée de microgranite injecté de rhyolite, où l'altération est plus faible, la forêt feuillue domine, parsemée de plantations de résineux (Douglas principalement).
Les groupements végétaux forestiers du massif cristallin, acidiphiles à acidiclines, appartiennent à trois types principaux :

- la chênaie sessiliflore à sous-bois de houx, de canche flexueuse et rarement de grande luzule, où le hêtre s'introduit fréquemment, occupe les parties les plus élevées (Bois de la Croix Hennette à Saint-Franchy, Bois du Revenu et Grande Forêt d'Aron à Crux-la-Ville, Bois de Rouy, Bois de Saint-Saulge, de la Pierre du Sacrifice à la Croix Rapine, Forêt de Troncay à Saint-Révérien). Ce type forestier appartient à la sous-alliance Ilici aquifolii-Quercenion petraeae Rameau suball. nov. de l'alliance Quercion roboris Malcuit 1929;

- la chênaie-charmaie, largement développée dans le Bois de Crux, le Bois des Badières au nord et sur les versants des nombreux vallons, notamment au sud du massif. Il en existe plusieurs variantes qui peuvent se ranger dans la sous-alliance Lonicero periclymeni-Carpinion S. Muller 1982 du Carpinion betuli Issler 1931. Ainsi, le sous-bois peut être largement tapissé de houlque molle ( Holcus mollis ) sur les substrats les plus acides; ailleurs se rencontrent la luzule printanière ( Luzula pilosa ), le millet ( Milium effusum ) et l'euphorbe des bois (Euphorbia amygdaloides), parfois Festuca heterophylla ou les tapis de mousses (Polytrichum formosum, Atrichum undulatum), rarement le fragon (Ruscus aculeatus) au nord du Bois de Crux. Sur le versant oriental, près de Forcy, la jacinthe sauvage (Hyacinthoides non-scripta) est abondante ainsi que près de Saint-Franchy, en situation plus hygrophile et la pervenche (Vinca minor) peut former de vastes tapis;

- la chênaie-boulaie à fougère aigle, sur les sols hydromorphes, notamment sur le placage de grès triasique situé à l'est de Jailly; elle appartient à la sous-alliance Quercenion robori-petraeae Rivas Mart. 75 du Quercion roboris.

Au nord, le massif cristallin entre en contact avec les terrains de la couverture sédimentaire de l'Infra-lias (argiles bariolées avec intercalations de lits minces de calcaire dolomitique). Dans le fond élargi des vallons installés sur ce substrat (Bois de Cresne à Moussy, N de la Forgeotte à Saint-Révérien) se développe une frênaie neutrophile de la sous-alliance Mercurialo perennis-Carpinenion Braque 1978 du Carpinion avec Allium ursinum, Ornithogalum pyrenaicum, Arum maculatum, Ficaria ranunculoides, Oxalis acetosella, plus rarement Scilla bifolia.

Les groupements forestiers hygrophiles.

Le massif cristallin, par contraste avec les parties sédimentaires environnantes et avec le Plateau nivernais, possède un réseau hydrographique assez dense sous forme de ruisselets et ruisseaux alimentés par de nombreuses "mouilles" et suintements de versants.
Des groupements forestiers hygrophiles, de faible étendue en général mais fréquents, s'installent sur ces milieux humides.

Aulnaie à Dryopteris dilatata

DRYOPTERIDO DILATATAE - ALNETUM GLUTINOSAE ass. nov.

Dryoperido dilatatae - Alnetum glutinosae

Localisation des relevés: 1 - Saint-Saulge, ruisselet 500 m E de l'étang Vaulois
2 - Crux-la-Ville, Bois du Revenu
3 - Crux-la-Ville, ruisselet N de l'étang du Maupas
4 - Saint-Révérien, ruisseau de la Forgeotte
5 - Crux-la-Ville, au-dessous de l'étang du Fond Thomas
6 - Saint-Révérien, entre la forêt de Tronçay et les Bois de l'Usage
7 - Crux-la-Ville, ruisselet N de l'étang du Maupas
8 - Saint-Révérien, près de la carrière des Bois de l'Usage
9 - Crux-la-Ville, 500 m NO de l'étang du Maupas
10 - Saint-Saulge, étang Vaulois, suintements sur replat du versant

Ce type d'aulnaie est dispersé sur l'ensemble du massif, le plus souvent dans des cuvettes jalonnant les ruisseaux et à la tête des vallons, plus rarement sur versant suintant, en ambiance atmosphérique humide. Le substrat est une arène plus ou moins riche en cailloux constituant un sol acide de type colluvial, humide mais ne restant pas inondé par suite d'un drainage latéral, variable selon la situation topographique. L'humus, représenté par une couche organique épaisse de plusieurs cm, très noire et parfois collante sous une litière de débris grossiers, est de type hydromoor ou anmoor.
Excepté sur les bordures, l'aulne est l'arbre exclusif. Traité en cépée, les troncs et les branches inférieures enveloppés par les lianes du chèvrefeuille (Lonicera periclymenum) il admet en sous-bois une dense végétation de fougères où dominent Dryopteris dilatata, qui y trouve son développement maximum, Dryopteris carthusiana et Athyrium filix-femina; Osmunda regalis se rencontre parfois en périphérie, toujours en dehors de la zone inondable, en touffes éparses ou groupées en petit nombre. Une ronce sylvatique, Rubus hebecaulis (gr. gremlii), devient envahissante lorsque les coupes forestières deviennent trop fréquentes. Au sol, la floraison vernale est discrète avec Caltha palustris et Cardamine pratensis alors que le cortège muscinal réduit est surtout marqué par la présence de Calliergonella cuspidata.

Cette association est relativement pauvre en espèces (18 en moyenne), si l'on prend soin de ne pas prendre en compte les biotopes associés (suintements à Chrysosplenium oppositifolium, creux à sphaignes, rives des ruisselets). Avec la présence de Lonicera periclymenum, Dryopteris dilatata, D. carthusiana et des Rubus sylvatiques, espèces de la classe des Querco-Fagetea, cette aulnaie est différente des aulnaies de la classe des Alnetea, sur sol tourbeux. Cela conduit à placer ce groupement dans la sous-alliance Alnenion glutinoso-incanae Oberd. 1953 de l'alliance Alnion incanae Pawl. in Pawl., Sokolowski et Wallisch 1928 (= Alno-Padion). Même s'il est possible d'en identifier des individus autour des mardelles de la forêt de Prémery, sur le Plateau nivernais (BRAQUE, 1982), cette association ne semble pas avoir été décrite. Elle constitue le Dryopterido dilatatae-Alnetum glutinosae ass. nov. (holotype : relevé col. 1) avec une variante à Osmunda regalis (col. 7-10). Elle diffère d'une aulnaie submontagnarde à chèvrefeuille du Haut-Morvan par l'absence d'Angelica sylvestris, d'Equisetum sylvaticum et par la présence de Dryopteris dilatata; là, Dryopteris dilatata et Athyrium filix-femina se réfugient dans un association plus héliophile, la lande humide à séneçon de Fuchs et sureau rouge (ROBBE,1993). Cependant, l'association du massif de Saint-Saulge devrait se trouver sur les parties basses du Morvan où le Rubo-Alnetum prov. (SIMONNOT,1991) pourrait représenter une forme dégradée, domi-née par les ronces en sous-bois par suite d'une exploitation forestière trop intense.

Boulaie-moliniaie à Sphagnum palustre var. centrale .

Le plus souvent sur pente faible, à la périphérie de l'aulnaie ou indépendamment, se développe un groupement forestier clairsemé où voisinent le chêne pédonculé et le bouleau verruqueux, parfois le bouleau pubescent. En sous-bois dominent la molinie et Sphagnum palustre var. centrale. Le relevé suivant provient de la Mouille du Renard pendu à Saint-Franchy (300 m2) :

strate arborescente (recouvrement 60%) : Betula pendula 2, Betula alba 2, Quercus robur 2
strate arbustive (10%) : Corylus avellana +, Lonicera periclymenum +
strate herbacée et muscinale (100%) : Sphagnum palustre var. centrale 5-4, Molinia caerulea 3-2, Pteridium aquilinum 2, Lonicera periclymenum 1, Viburnum opulus +, Corylus avellana (juv.) +, Rubus sp.+, Thuidium tamariscinum 1, Polytrichum formosum +

Ce groupement des sols non inondables mais suintant, subissant un drainage latéral et régulièrement alimentés en eau, peut être rattaché à la sous-association typique subatlantique du Sphagno palustris-Betuletum pubescentis (Pass. et Hofm. 1968) Mériaux et al. 1978 et incluse dans l'alliance Molinio caeruleae-Quercion roboris Scamoni et Passarge 1959. La sous-association du massif de Saint-Saulge, présente également dans le Pays de Fours, est identifiable dans "l'association de Prémery" de BRAQUE (1982) en bordure des mardelles du Plateau nivernais, groupement complexe car en mélange avec l'aulnaie. Elle existe aussi sur le haut Morvan, plus riche en sphaignes car située en bordure des tourbières (ROBBE, 1993).

D'autres groupements hygrophiles sont présents mais occupent des surfaces restreintes :

1 - à la queue d'étangs ou à l'emplacement d'anciens étangs, sur sols tourbeux, deux groupements de la classe des Alnetea :

- l'aulnaie à Carex paniculata présente à l'étang Vaulois (Saint-Saulge) : il s'agit ici d'une synassociation résultant de l'installation de l'aulne sur un Caricetum paniculatae Wang.1916 initial et héliophile, présente aussi sur le Morvan (FELZINES, 1982; ROBBE, 1993). Ailleurs (queue de l'étang du Maupas, ancien étang de la Resse à Saint-Franchy) c'est le Carex qui s'installe dans l'aulnaie (jeunes individus).

- la saussaie à Carex elongata déjà indiquée à l'Etang Neuf de Saxi-Bourdon (FELZINES, 1982) : c'est la sous-association à Carex elongata de l'Alno-Salicetum cinereae (Allorge 1922) Doing 1962 em. Westh.1968. Une autre sous-association est constituée par la ceinture de Salix cinerea accompagnée d'une sphaigne hygrophile, Sphagnum subsecundum ssp. inundatum; elle est présente à la queue de l'étang de Ligny (Crux-la-Ville).

2- le long des ruisseaux et ruisselets, des groupements de l'Alnion incanae :

- la frênaie-aulnaie à Carex remota (Carici remotae-Fraxinetum Koch 1926) se rencontre çà et là dans les fonds de vallons élargis inondables (ruisseau de l'étang du Maupas et queue de l'étang de Chausselage à Crux-la-Ville, Bois de l'Usage à Saint-Révérien) mais les surfaces occupées sont faibles. Caltha palustris, Ficaria ranunculoides, Cardamine pratensis, Lysimachia vulgaris s'y installent fréquemment. Une remarquable sous-association à Equisetum hyemale (observée aussi par ROBBE,1993 sur le Morvan autunois) existe le long du ruisseau de Mattefer à Saint-Franchy et entre l'étang et le moulin d'Aron à Crux-la-Ville. Un relevé (200 m2) effectué dans cette dernière station montre :

-strate arborescente (70%) : Alnus glutinosa 4
-strate arbustive (60%) :Ulmus laevis 3, Corylus avellana 1, Lonicera periclymenum 1;
-strate herbacée et muscinale (90%) : Equisetum hyemale 4, Allium ursinum 3 (provenant des versants qu'il couvre entièrement sous un taillis de charme), Athyrium filix-femina 2, Ribes rubrum 1, Caltha palustris 1, Cardamine pratensis +, Carex remota +, Dryopteris dilatata +, Oxalis acetosella +, Circaea lutetiana +, Rubus sect. appendiculati 1, Fraxinus excelsior (juv.)+, Calliergonella cuspidata 1, Mnium hornum +, Plagiomnium undulatum +.

Elle diffère d'une sous-association à Equisetum hyemale de l'Alneto-Caricetum pendulae Jouanne 1929, association neutrocline présente au bord de quelques ruisseaux du Plateau nivernais en forêt des Bertranges (BRAQUE,1982) et des Amognes (ruisseau de Faye).

Les groupements herbacés des suintements et bords de ruisseaux et ruisselets.

Parmi les végétations sciaphiles hygrophiles, sont présents sur le massif cristallin :

- des peuplements de Chrysosplenium oppositifolium qui sont fréquents au niveau des suintements de bas de versants colonisés par l'aulnaie à Dryopteris dilatata ou la frênaie-aulnaie. Assez souvent Aneura pinguis, hépatique à thalle ramifié, est étalée sur l'arène couverte d'une pellicule d'eau qui s'écoule;

- des peuplements localisés de Stellaria alsine et de Cardamine flexuosa, particulièrement au bord des fossés et chemins herbeux ombragés près de l'étang du Maupas et de l'étang d'Aron à Crux-la-Ville, vallon de la Resse à Saint-Franchy; de Montia fontana dans le Bois de la Pierre du Sacrifice à Saint-Saulge;

- de petits mais fréquents peuplements de Carex remota dans les parties éclairées de la frênaie et de l'aulnaie et de Deschampsia cespitosa, le plus souvent à la tête des vallons, dans les cuvettes humides d'arène plus grossière; Carex remota s'installe aussi sur la berge des ruisselets et sur les chemins frais, en l'absence du frêne, quelquefois avec Lysimachia nemorum. Rarement et de manière très localisée, les ruisselets sont bordés d'un peuplement linéaire de Blechnum spicant (ruisselet du Bois de Saint-Franchy et bord de la Resse à Saint-Franchy; ruisselet dans le Grand Canton et ruisseau des Eaux de Brune à Saint-Saulge).

Les parties des berges entaillées dans l'arène parsemée de cailloux et de blocs dont la taille varie de 5 à 30 cm en général portent plusieurs groupements bryophytiques qui se succèdent de l'amont vers l'aval ou qui s'étagent verticalement. Alors que Sphagnum palustre var. centrale couvre les bords des ruisselets dans les parties situées le plus à l'amont, là où le lit est à peine creusé, les berges se couvrent souvent de Mnium hornum, Calypogeia fissa et C. arguta et plus rare, Trichocolea tomentella. Un groupement à Scapania undulata, Chiloscyphus polyanthos et Diplophyllum albicans se rencontre aussi assez fréquemment (Bois de Saint-Franchy et de Crux).


Localisation de quelques espèces remarquables

Le numéro entre parenthèses suivant le nom de l'espèce est celui de la Nouvelle Flore de Bourgogne (BUGNON et al.,1993) avec la nomenclature du Code informatisé de la Flore de France (BRISSE et KERGUELEN, 1994). Le repérage cartographique donné entre parenthèses est celui utilisé dans l'Atlas de répartition de la Nouvelle Flore de Bourgogne (BUGNON et al., 1998) : le signe # concerne une espèce cartographiée et le signe * indique une maille de la carte pour laquelle l'indication est nouvelle.

Equisetum hyemale (0007) : indiquée par DHIEN (1943) sans précision de localité, cette prêle, rare et protégée en Bourgogne, est présente le long du ruisseau de Mattefer à Saint-Franchy (26-24,3) et au-dessus du moulin de l'étang d'Aron à Crux-la-Ville (*26-23,8).

Osmunda regalis (0016) : cette belle fougère, protégée en Bourgogne, était citée à Saint-Saulge par DHIEN (1945) sans autre précision. Les investigations entreprises ont permis d'en trouver 10 stations, toutes au nord de la Canne, totalisant un peu plus d'une centaine de touffes. Elles sont dispersées :
- dans la partie centrale du massif : Bois de Saint-Franchy dans la Mouille du Renard Pendu; Bois de Crux-la-Ville sur les affluents de l'étang du Maupas; à l'amont et à l'aval de l'étang Vaulois ainsi que dans le Grand Canton et à la Petite Revenue dans le Bois de Saint-Saulge (26-24,3);
- à l'extrémité nord du massif, où se trouve la plus forte concentration, en bordure de la forêt de Tronçay près de Saint-Révérien et dans le Bois de Moussy, dans un fossé (26-23,7). Alors que la plupart des stations se situent à la périphérie de l'aulnaie à Dryopteris dilatata, quelques touffes ont été trouvées en bordure de ruisselets et dans la boulaie à sphaignes. Dans le Bois de Moussy, l'osmonde s'est réfugiée sur le flanc d'un fossé, en lisière d'une partie déboisée de la forêt, sur sol hydromorphe, où elle est en forte compétition avec la fougère aigle. Dans tous les cas, elle se trouve en condition semi-ombragée et produit des frondes fertiles. Le massif de Saint-Saulge appara‘t donc comme un important relais entre la forêt de Tronçais (Allier) (DESCHŒTRES, 1998) et la Puisaye à l'ouest, le Morvan et le Pays de Fours à l'est (BUGNON et al., 1993), la station de Prémery sur le Plateau nivernais étant la plus proche (BRAQUE et LOISEAU, 1972). Malgré cette liste de stations nouvelles, la situation de l'osmonde reste précaire car liée à des milieux restreints et menacés de perturbations soit par une exploitation trop fréquente des aulnaies ce qui favorise l'extension des ronces, soit par des tentatives regrettables de drainage des fonds de vallons lors d'opération d'enrésinement ou de reboisement en feuillus.

# Oreopteris limbosperma (0019) : un seul pied vu dans un fossé bordant la route forestière du Bois de Saint-Franchy (26-24,3). Présente sur le Morvan, cette fougère est très rare ailleurs. Cette station, nouvelle pour le massif de Saint-Saulge, vient s'ajouter aux deux stations du Plateau nivernais connues à ce jour (maison forestière et la Grande Vanne à Urzy) : la plante se développe, avec Blechnum spicant, sur le flanc des fossés subissant un fauchage lui permettant d'échapper à la concurrence de la fougère aigle.

Polystichum aculeatum (0032) : aux stations de Saint-Saulge et de Saint-Révérien indiquées par DHIEN (1945), il faut ajouter une station de haut de versant exposé au nord et occupé par un taillis de charme à Allium ursinum, entre l'étang et le moulin d'Aron à Crux-la-Ville (26-23,8), où la fougère forme un peuplement.

Polystichum setiferum (0034) : un seul pied observé dans le bois de Forcy à Crux-la-Ville (26-23,7) sur un versant portant une chênaie-charmaie avec Milium effusum en sous-bois, au contact d'une aulnaie de pente, au-dessous. Semble nouveau pour le massif de Saint-Saulge.

Dryopteris affinis ssp. affinis (0035) : plusieurs stations ont été notées près de suintements et de ruisselets, le plus souvent en touffes isolées : vallon du ruisseau des Eaux de Brune à Saint-Saulge; Bois de Saint-Franchy; ruisseau du Merle au-dessous de l'étang, ruisseau de la Goblée (26-24,3) et versant boisé de Forcy à Crux-la-Ville (26-23,7), source du ruisseau alimentant l'étang des Humes à Rouy (26-24,8); quelquefois en peuplements : les Grandes Berses dans le Bois de Rouy (26-24,8), la Forgeotte à Saint-Révérien (26-23,7).

Dryopteris affinis ssp. borreri (0036) : cette sous-espèce diffère de la précédente par les pennes inférieures de la fronde dont les pinnules dirigées vers la base sont nettement plus longues que celles tournées vers la pointe; de plus, ces pinnules portent de petits lobes à extrémité rectangulaire sur les côtés. Deux peuplements ont été identifiés dans des taillis de charme : fond du vallon au NO des Bordes à Crux-la-Ville (40 pieds environ) (26-24,3); les Grandes Berses dans le Bois de Rouy, à la tête d'un vallon (26-24,8).

# Ranunculus platanifolius (0264) : rare en Bourgogne, elle se trouve principalement dans la Montagne dijonnaise sur calcaire. Les stations du Morvan oriental signalées autrefois n'ont pas été revues (BUGNON et al., 1993, 1998). La station du "bois de Furcy près de Crux-la-Ville" indiquée par BOREAU (1857) n'a pas été retrouvée mais la plante existe sur le versant occidental du massif de Saint-Saulge, dans le vallon de la Resse, station nouvelle (*26-24,3). Quelques pieds observés au bord du ruisseau ont permis de trouver la station principale sur un versant pentu, où les plantes sont dispersées sur quelques centaines de m2 dans un contexte de chênaie-charmaie-(hêtraie) en partie enrésinée.
Le relevé suivant a été fait (22.04.1999, 200 m2) :
- strate arborescente (80%) : Quercus robur 2, Fagus sylvatica 1, Pseudotsuga menziesii +
- strate arbustive (20%) : Fagus sylvatica 1, Carpinus betulus 1, Corylus avellana +
-Ûstrate herbacée et muscinale (60%) : Melica uniflora 2, Ranunculus platanifolius 2, Anemone nemorosa 2, Euphorbia amygdaloides 1, Lonicera periclymenum 1, Dryopteris filix-mas 2, Dryopteris carthusiana 1, Valeriana officinalis +, Carpinus betulus (germ.) +, Rhytidiadelphus triquetrus 2, Thuidium tamariscinum 2, Plagiomnium affine +.

Chrysosplenium alternifolium (0403) : rare en Bourgogne, la dorine à feuilles alternes était signalée par DHIEN (1943) sans précision de localité. Elle se trouve au sud du massif de Saint-Saulge, aux Grandes Berses dans le Bois de Rouy (26-24,8), avec Chrysosplenium oppositifolium, dans une petite aulnaie.

Rubus idaeus (0428) : assez fréquent dans les clairières au nord du massif : la Forgeotte, moulin d'Aron (26-23,7), vallon de la Resse, Bois de Crux (26-24,3).

Genistella sagittalis
(0529) : espèce héliophile, en lisière près de l'étang de Chausselage à Crux-la-Ville (26-23,7) et du ruisseau des Loges à Saxi-Bourdon (26-24,3).

# Hypericum androsaemum (0699) : dans le Bois de Rouy (*26-24,8).

# Pulmonaria longifolia (0929) : alors qu'elle est répandue à proximité du massif, cette pulmonaire reste très rare sur celui-ci : digue de l'étang de Ligny à Crux-la-Ville (26-24,3), Bois de Cresne à Moussy (26-23,7), sur les marnes infra-liasiques pour cette dernière localité.

# Adoxa moschatellina (1147) : observée seulement près de la Cure à Saint-Saulge (*26-24,3).

Valeriana officinalis ssp. tenuifolia
(1155) : abondante près de l'étang de Chausselage, à Crux-la-Ville et à la Forgeotte, à Saint-Révérien (26-23,7).

# Phyteuma spicatum (1183) : représenté par la variété à fleurs blanches qui reste localisée au vallon de la Resse et au Bois de Saint-Franchy (*26-24,3; *-26-23,7).

Scilla bifolia (1426) : dans quelques chênaies-charmaies-frênaies, vallon de la Resse, vallon à l'ouest du Champ de Bouhy (26-24,3), vallon du ruisseau de Mattefer (26-23,7) à Saint-Franchy; ruisseau de Mongazon dans le Bois de la Cresne à Moussy (26-23,7).

# Hyacinthoides non-scripta (1427)
: bien présente dans le Bois de Forcy à Crux-la-Ville (26-23,7), la jacinthe des bois se rencontre çà et là : vallons de la Resse (26-23,7) et du Champ de Bouhy à Saint-Franchy, la Croix Rapine à Saint-Saulge (26-24,3).

Allium ursinum (1439) : assez répandu dans les frênaies et charmaies des vallons du nord du massif où il peut parfois couvrir des surfaces importantes : entre l'étang et le moulin d'Aron (26-23,7,8), la Forgeotte à Saint-Révérien, Bois de Cresne à Moussy, la Resse à Saint-Franchy (26-23,7).

# Ruscus aculeatus (1449) : assez abondant dans la chênaie-charmaie sur les marnes infra-liasiques de la bordure N du massif dans le vallon du ruisseau de Mongazon et le bois de Cresne à Moussy (*26-23,7), la seule station observée sur le massif cristallin se trouve au bord de la tranchée qui amenait l'eau de l'étang de Ligny à celui de Chausselage, 1 km à l'ouest de ce dernier (commune de Crux-la-Ville (*26-23,7).

# Luzula forsteri (1473) : Bois de Forcy à Crux-la-Ville et Bois de Moussy (*26-23,7).

# Carex brizoides (1672) : nouveau pour le massif de Saint-Saulge; quelques pieds observés en bordure d'une aulnaie de la queue de l'étang d'Aron (*26-23,7) et à la Goblée à Crux-la-Ville (*26-24,3).

# Carex echinata (1685) : nouveau pour le massif de Saint-Saulge : en bordure d'une aulnaie dans le bois de la Forgeotte, à la queue de l'étang d'Aron et le long du ruisseau y arrivant ainsi que dans un fossé longeant une allée du Bois de Moussy (*26-23,7), avec Carex ovalis et Carex pallescens .

# Carex strigosa (1720) : connue sur le mont Beuvray pour la Nièvre (ROBBE, 1984) et récemment observée sur la bordure occidentale du Morvan, dans une aulnaie-frênaie du bord de l'Anguison, au Gué Boussard à Cervon (*27-23,6), la plante est présente dans une chênaie-frênaie du Bois de Cresne à Moussy, sur les marnes infra-liasiques (*26-23,7).

Listera ovata (1740) : vallon du ruisseau alimentant l'étang d'Aron à Saint-Révérien (26-23,7).

 
DHIEN (1946) a donné un inventaire des Bryophytes du massif de Saint-Saulge, sphaignes exceptées. Pour ces dernières, trois espèces seulement ont été identifiées, principalement localisées au nord de la Canne. Cette pauvreté semble en relation avec la faible altitude du massif. La nomenclature des sphaignes est celle de DANIELS et EDDY (1985).

Sphagnum palustre var. centrale (= S. centrale) : cette sphaigne méconnue se distingue du type, notamment, par la forme ovale (triangulaire pour le type) des hyalocystes sur une observation microscopique de coupe transversale de feuille raméale. Elle est répandue sur le massif de Saint-Saulge : Bois de Crux, Bois de Saint-Franchy, Bois de Saint-Martin. Elle est aussi présente dans le Pays de FoursÛ: observations près de Montaron et Bois de Fours ainsi que sur le Plateau nivernaisÛ: mardelles de Prémery, vallon du ruisseau de la fontaine de Grandfond à Montigny-aux-Amognes.

Sphagnum subsecundum ssp. inundatum (= S. inundatum) : fréquente dans les petites dépressions inondables de l'aulnaie et de la boulaie à molinie ainsi qu'à la queue des étangs, sous les saules cendrés.

Sphagnum squarrosum : cette espèce n'a été vue qu'à la queue de l'étang Vaulois et au bord d'un ruisselet affluent de l'étang du Moulin du Bois, à Saint-Saulge, sur le versant occidental du massif (26-24,3).

Trichocolea tomentella : cette hépatique finement mais densément ramifiée, formant des touffes vert-jaunŒtre, a été observée au bord du ruisseau de Mattefer, dans le Bois de Moussy; au bord de la Resse et de son affluent venu de l'étang du Fond-Thomas, dans le Bois de Crux (26-23,7; 26-24,3); au bord du ruisseau des Eaux de Brune à Saint-Saulge (26-24,3) et d'un ruisselet affluent du ruisseau des Humes à Rouy (26-24,8).

Hyocomium armoricum : de distribution atlantique et subatlantique dans les massifs calédoniens et hercyniens (SCHUMACKER et al., 1981), cette mousse n'était connue en Bourgogne que sur le Morvan, dans la vallée du Cousin, près de la Pierre-qui-Vire (CAILLET et al.,1996). Nouvelle pour la Nièvre, elle est présente sur la berge des ruisseaux de la Forgeotte à Saint-Révérien, de la Resse et son affluent à Crux-la-Ville, de Mattefer à Saint-Franchy (26-23,7).

 
Les bois d'aulnes présents au niveau des sources, ruisselets et ruisseaux représentent un groupement original et encore bien conservé sur le massif de Saint-Saulge. Avec les chênaies-charmaies à frêne présentes au fond de vallons et les chênaies-frênaies à Allium ursinum de la bordure N du massif, ils constituent des habitats d'intérêt communautaire selon la Directive "Habitats" 92/43. Ils représentent donc une valeur patrimoniale pour la Bourgogne ainsi que les bois de bouleaux à sphaignes, habitats d'intérêt régional, et les espèces protégées au niveau régional que sont Equisetum hyemale et Osmunda regalis. A ce titre, ces milieux fragiles méritent une attention particulière dans la conduite des aménagements forestiers.
Le caractère collinéen subatlantique de la flore du massif de Saint-Saulge, déjà reconnu par la présence d'espèces comme Ulex minor, Scutellaria minor, Hyacinthoides non-scripta, Baldellia ranunculoides, Digitalis purpurea, se trouve confirmé par la présence d'espèces hygrophiles comme la fougère Osmunda regalis et la mousse Hyocomium armoricum.

Remerciements : Monsieur R.B. PIERROT a bien voulu accepter de revoir les récoltes de mousses et hépatiques. Monsieur le Professeur J.-E. LOISEAU m'a apporté son aide précieuse dans la recherche bibliographique notamment pour la documentation concernant les Bryophytes.


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