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I. INTRODUCTION
Le Morvan, bordure nord du Massif Central Français, se situe dans un secteur interne de la chaîne hercynienne. Dans le "faisceau synclinal du Morvan", affleure une succession volcano-sédimentaire dévono-dinantienne non ou peu métamorphisée. Cette structure, d’orientation S-N à N-NE, plonge modérément vers le nord. Les terrains les plus anciens se trouvent à l’extrémité méridionale du faisceau. C’est dans ce secteur du Morvan que se situe la région de Bourbon-Lancy (Fig. 1.1, 1.2) dans laquelle Albert MICHEL - LEVY découvrit, en 1908, une riche faune d’invertébrés qui permit de dater du Famennien une partie des terrains fossilifères. Or entre les années 1985-1989, plusieurs auteurs revinrent sur cette datation en leur attribuant un âge Tournaisien inférieur. Cette divergence a motivé l’une de nous (MLB) à prospecter à nouveau la région. Il en est résulté la découverte de nouveaux fossiles qui ont été étudiés avec ceux des anciennes collections. Les résultats permettent aujourd’hui d’attribuer un âge précis à la Formation fossilifère
.
Figure 1
La coupe du Pont du Vezon
1-1Situation
géographique de Boubon-Lancy (BL), Morvan méridional
1-2 Situation de "Pont du Vezon"
dans le schéma structural de Delfour & al 1990; annexe de la carte géologique
à 1/50000 feuille Bourbon-Lancy (légèrement modifiée) avec a=granite
et granodiorite,
b=Famenien volcano-sédimentaire, c=Dinantien
inférieur volcano-sédimentaire, d=couverture
sédimentaire mésozoïque et cénozoïque, G=Gilly, SA=Saint-Aubin;
1-3: Situation
topographique de la coupe du "Pont du Vezon" sur la carte IGN 1/25000
feuille 2727 Est.Molinet
1-4Coupe
"Pont du Vezon" lithologie,niveaux
repérés sur le terrain,fossiles avec(*)=Céphalopodes, (=)=Trilobites,
(+)=Ostracodes,
(O)=fragments végétaux, (.) =Brachiopodes
II.
DONNÉES STRATIGRAPHIQUES, PALÉOÉCOLOGIQUES ET PALÉOENVIRONNEMENTALES.
A. LA COUPE DU PONT DU VEZON (= GISEMENT DU MOULIN-DU-ROI SENSU ALBERT
MICHEL-LEVY 1908)
1. Historique
a /. Il a été découvert par MICHEL-LEVY (1908 : 32-34, fig. 7) dans des siltites qui surmontent une coulée d’albitophyre (= andésite basique de Givallois), "sur la route de Bourbon à Perrigny, après le pont sur le Vezon..à 30 m du pont". La dénomination "gisement fossilifère du Moulin-du-Roi" fait référence au Domaine du Moulin du Roy, - actuellement un club hippique - situé à 500 m vers le N-E, sur l’autre rive du Vezon (Fig. 1. 3). On y observe des siltites noires apparemment azoïques. Il est donc préférable de nommer le gisement "Pont du Vezon" : usage en cours dans les collections du Muséum d’Histoire Naturelle d’Autun.
b/ Sur
la carte géologique à 1/80000 de Charolles, 2e édition
(levers de MICHEL-LEVY 1907 ; publication en 1940), le gisement est
localisé en "d
6 Famennien", entre la coulée volcanique de Givallois et
un petit synclinal tournaisien qui constitue la butte de Novillard.
c/. (N.
GREKOFF (in LYS et al., 1961 : 540-541) identifie dans le gisement
de Michel-Lévy
des ostracodes qui confirment l’âge "famennien-strunien".
d/ ROBELIN
(1981 : fig. 5) note F3 le gisement de Michel-Lévy dans
les "siltites
supérieures" au sommet du terme C1 ; la position réelle
est en C2 à formations volcanogènes.
e/ DELFOUR & GIGOT (1985, localité 10), puis DELFOUR (1989, fig. 18)
citent la localité de Michel-Lévy, d’après LYS et
al., (1961) comme : "Givallois, Strunien". À cette époque,
le Strunien, zone de passage entre le Dévonien et le Carbonifère,
est considéré comme la base du Carbonifère = "Tn 1a" de
la nomenclature de Belgique. Sur la carte géologique Dompierre-sur-Besbre à 1/50000
(DELFOUR et al. 1989), le gisement de Michel-Lévy (non repéré),
se situe en "h1-2a". Un "Tournaisien basal", silto-gréseux,
s’étend suivant un petit synclinal dans la butte de Novillard. L’étendue
cartographiée du synclinal est supérieure à celle figurée
sur les cartes antérieures, puisque ce "Tournaisien basal" inclut
ici les niveaux attribués au Strunien, précédemment rapportés
au Famennien par Michel-Lévy.
f/ En 1990, après de nombreux travaux portant sur la limite Dévonien-Carbonifère, celle-ci est fixée par décision internationale (IUGS). Ce sera la base de la zone à conodontes Siphonodella sulcata dans la lignée praesulcata - sulcata ; stratotype à La Serre, Montagne Noire, France (FEIST et al. 2000). Des biozones à ammonoides, trilobites, ostracodes, spores… sont mises en parallèle avec celles des conodontes. La "zone de passage" du Strunien est alors définitivement rapportée au Dévonien terminal.
2. Recherches récentes
Devant ces divers résultats, il était important de réactualiser la datation et l’interprétation du gisement découvert par Michel-Lévy. S’agit-il de Dévonien ou de Carbonifère ? Et peut-on identifier dans le Morvan la limite entre ces systèmes ? En cartographie, comment noter à l’avenir le "h1-2" qui, sur la feuille Dompierre, semble partiellement erroné ? La solution consistera à abandonner les notations chronostratigraphiques pour des formations lithostratigraphiques, telles celles proposées par Robelin (1981), dûment définies localement.
Pour préciser l’âge exact du gisement de Michel-Lévy, nous avons entrepris la révision des collections anciennes, et de nouvelles récoltes sur le terrain. Les faunes ainsi rassemblées (céphalopodes, trilobites, ostracodes, brachiopodes) ont permis de présenter l’essentiel des résultats biostratigraphiques, et de confirmer l’âge Strunien = Famennien supérieur du gisement de Michel-Lévy (LEGRAND-BLAIN, LETHIERS, FEIST & KORN, 2000).
La localité de Michel-Lévy se situe à 2,5 km de Bourbon-Lancy, le long de la route D 192 : carte topographique IGN à 1/25000 Molinet - 2727 Est (Fig. 1.3), carte géologique à 1/50000 Dompierre-sur-Besbre (599). X = 5161,1 ; Y = 560,4.
Le gisement fut décrit (MICHEL-LEVY 1908) : "à 30 m du pont... contenant en assez grande abondance sur 20 cm d’épaisseur environ des goniatites, des clyménies, des trilobites et d’autres organismes". Actuellement, entre 25 et 30 m du pont franchissant le ruisseau Vezon, se situe l’entrée du chemin de la carrière abandonnée de Givallois. L’empierrement du chemin a peut-être recouvert le gisement ancien… On ne retrouve guère les abondantes clyménies de grande taille, décrites et figurées par MICHEL-LEVY (1908, Pl. III, fig. 1-5 ; matériaux complémentaires en collections de l’Université Paris VI). Dans les affleurements de siltites les plus proches du carrefour, au-delà des cailloutis bordant le chemin et d’une passée volcanique (ML 1112), on récolte maintenant peu de fossiles : rares céphalopodes, ostracodes, trilobites, brachiopodes et flores continentales. C’est de là que proviennent des matériaux récoltés au cours d’excursions de la Société d’Histoire Naturelle d’Autun, sous la conduite de G. GAND, en 1975 et 1988.
La coupe du Pont du Vezon (Fig. 1. 4), visitée par M. L-B en compagnie de G. Gand, a été levée en 1998 et 1999 : le long de la route D 192 montant vers Novillard, sur 85 m de distance entre l’entrée du chemin de la carrière de Givallois et une borne située du côté gauche. Des affleurements dans le fossé à droite de la route, permettant d’observer une succession continue, ont été marqués par des repères (A-H). Le pendage est constant : 25° S-SE. Sur 16 mètres d’épaisseur, se trouvent : des siltites noires compactes, presque dépourvues de traces de courants et de bioturbations ; de rares fragments de fossiles y ont été récoltés, entre les repères A et B, puis autour du repère E et au sommet de la coupe, un mince lit de cinérite (ML 1102), plusieurs passées de roches volcaniques interstratifiées, un sill vertical de dolérite (repère E).
Sous la base de la coupe, la carrière d’andésite de Givallois, à 40 m vers l’ouest, a été décrite par Robelin (1981, p. 22-23, affleurement 7) comme type de l’unité C2. Entre la carrière et la coupe, on trouve dans le sous-bois quelques affleurements de siltites. Les recherches de fossiles n’ont donné que des fragments de végétaux indéterminables (ML 1109, 1107). La discontinuité des affleurements ne permet d’effectuer aucun lever ni mesure d’épaisseur. Pour préciser la succession entre l’andésite et les gisements à céphalopodes, il faudrait ouvrir une tranchée.
Au-dessus de la coupe, en bordure de la route, la succession se poursuit mais n’a pas encore été étudiée en détail. Partiellement masquée par des cailloutis récents, elle comporte des passées de tufs (ML 1113), des alternances silto-gréseuses (ML 1114-1115), et enfin les grès lités de la colline de Novillard (Robelin 1981, affleurement 8 p. 23 : unité D1).