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La Loutre d’Europe
en Bourgogne en 2004
Par Nicolas VARANGUIN & Daniel SIRUGUE


Photos D. Sirugue
La Loutre (Lutra lutra)
figure sur la liste des espèces menacées et protégées
(liste nationale, annexes II et IV de la Directive « Habitats »).
Pourtant, son statut reste précaire, notamment par sa sensibilité
aux dégradations des milieux aquatiques.
La Loutre est un indicateur biologique
de la santé des milieux aquatiques. En effet, elle est au sommet de la
pyramide alimentaire des écosystèmes de zones humides protégés
par la convention de Ramsar et sa présence peut, à ce titre, être
considérée comme une bonne indication de la qualité de
ces milieux.
Les principales causes du déclin
de l’espèce seraient la contamination des poissons, première
source de nourriture de l’espèce, par les composés organochlorés
qui se concentrent dans leurs tissus (PCB, dieldrine, DDT), mais aussi la dégradation
générale des habitats aquatiques.
Encore répandue sur l’ensemble du territoire français il
y a une cinquantaine d’année, la Loutre a disparu de la majorité
des départements, et ses populations se cantonnent désormais principalement
à la façade atlantique du pays et au Massif central.
Cependant, de petits mouvements de recolonisation
semblent s’amorcer ces dernières années. C’est le
cas dans l’Allier, département limitrophe de la Bourgogne, où
la Loutre a été récemment redécouverte.
Aussi, la mise en évidence de la présence régulière
du mustélidé dans ce département, et l’accumulation
d’informations fragmentaires, mais de plus en plus nombreuses ces dernières
années en Bourgogne, nous ont incité à clarifier sa présence
dans la région.
Une synthèse des données existante sur la présence de ce
mammifère en Bourgogne nous a permis d’individualiser trois zones
ou la Loutre a été observée de manière régulière
ces dix dernières années : le Morvan
(bassin de la Seine amont),
la vallée de la Loire et la vallée du Doubs.
Trois autres secteurs, où les indices de présence restent à
confirmer, ressortent également, à savoir :
- la Puisaye (bassin du Loing amont),
- le Châtillonnais (bassin de la Seine amont),
la présence de l’espèce est établie à une
trentaine de kilomètre en amont de cette dernière zone, dans le
département de l’Aube,
- le bassin de l’Yonne, en aval du Morvan.
illustrations 7, 8, 9, 7bis
Les zones d’étude
Une recherche systématique des indices de présence de l’animal
a débuté en 2000 sur un secteur de la vallée de la Loire,
que la Loutre est susceptible de recoloniser via le département limitrophe
de l’Allier, où elle semble actuellement reconquérir son
territoire. La même année, la vallée du Doubs a été
également échantillonnée. Des prospections ont ensuite
été menées en 2001 et 2002 sur le bassin amont de l’Yonne
et de la Cure, dans le Morvan.
De 2003 à 2006, les investigations se poursuivent sur les autres secteurs
identifiés comme favorables à l’espèce. Aussi, dans
une logique de suivi, un second passage sur les vallées de la Loire et
du Doubs, prospectées en 2000, est programmé pour 2005.
La méthodologie de prospection
La recherche de l’espèce sur le terrain s’effectue selon
une méthode issue d’un protocole standardisé défini
par l’UICN, et entre dans une logique de durée et de suivi.
Elle consiste en :
- une recherche des indices de présence
(épreintes, empreintes, autres indices),


Photos D. Sirugue
1 / sur les sites de marquage privilégiés par
l’animal (ponts, confluences, îles, digues d’étangs
favorables),
2 / sur les cours d’eau supérieurs à 1
mètre de largeur,
3 / 125 m en amont et en aval, sur chacune des rives
Les prospections s'orientent prioritairement à proximité des ponts, lieux de marquage privilégiés

Photo N. Varanguin
4 / durant la période optimale, de novembre à
mars, pendant les périodes de basses eaux. Cette partie de l’année
est la plus favorable à la découvertes d’indices. L’activité
de marquage du mustélidé y est plus intense, et la végétation
des rives moins développée permet une meilleure visibilité.
Deux passages par site, à un an d’intervalle, sont effectués.
Présence de la Loutre en Bourgogne et sur sa périphérie avant 1970

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Evaluation de la qualité des habitats pour la Loutre d’Europe
Une analyse des potentialités d’accueil des cours d’eau sur
le périmètre du Parc naturel régional du Morvan a été
entreprise dès 2002. Différents paramètres primordiaux
pour la survie et la reproduction de l’espèce ont été
pris en compte :
- la taille des cours d’eau
- la qualité des eaux
- la biomasse et la catégorie piscicole
- la présence d’abris en suffisance, liés à la végétation
des berges, et évalués à partir de photographies aériennes.
Les cours d’eau ou tronçons de cours ont ainsi été
classés en 4 catégories :
- habitats favorables
- habitats subfavorables
- habitats défavorables
- habitats non évalués
Ces résultats posent les bases d’une réflexion sur la création
de « ZNIEFF Loutre »
et/ou de zones de conservations propres à l’espèce.
Evaluation des habitats pour la loutre sur le secteur du PnrM
