L’Atlas
des mammifères sauvages de Bourgogne le point en 2002,
quel est
le statut des “espèces visibles” ?
par Daniel SIRUGUE
L’atlas des mammifères sauvages de Bourgogne a été
lancé à la suite de l’inventaire des mammifères sauvages
du Morvan de 1995 et avec la première “Feuille de Neomys”
en 1997.
Objectifs
1/ Connaître le
statut des espèces bourguignonnes notamment pour les espèces bio-indicatrices
comme les chauves-souris, les musaraignes, la loutre;
2/ Faire le bilan des
espèces déjà bien suivies par les Directions Départementales
de l’Agriculture et de la Forêt (DDAF), les Fédérations
Départementales des Chasseurs (FDC) et l’Office National de la
Chasse et de la Faune Sauvage (ONCFS);
3/ Etablir une cartographie
fine de répartition des espèces (et de leur habitat quand cela
est possible);
4/ Etablir une liste
rouge des espèces sensibles et une cartographie des sites et milieux
indispensables à leur survie;
5/ Comparer les différentes
petites régions agricoles, naturelles et paysagères de Bourgogne
entre-elles et notamment avec le Morvan.
6/ Créer un réseau
de naturalistes s’intéressant à la mammalogie;
7/ Regrouper la bibliographie
et les données historiques;
8/ Créer une
centrale mammalogique bourguignonne;
9/ Faire connaître
par la réalisation et l’édition d’un ouvrage collectif
accompagné d’un CDRom
.
Descriptifs
1. Collecte des données -
Méthodologie - Prospections
Le rôle de cet atlas est d’établir le plus précisément possible les cartes de répartition de tous les mammifères sauvages vivant en Bourgogne. Pour cela la région a été découpée en unités de surface sur chacune desquelles le maximum d’espèces est recherché. Pour noter la présence d’une espèce sur une carte, il suffit d’une seule donnée correspondant à une observation directe de l’espèce ou à la découverte de ses traces.
UNE DONNEE : UNE OBSERVATION, UNE DATE
ET UN LIEU.
Afin d’obtenir la meilleure couverture possible, mais aussi une couverture
actualisée, la période pour la prise en compte des données
couvrira les années 1985 à 2004. Pour les espèces rares
ou en forte régression géographique, le recueil des données
antérieures à cette période est également souhaité.
Huit années (de 1997 à 2004) sont mises à profit pour combler
les lacunes de prospection. Des cartographies provisoires sont produites pour
(ré)orienter les prospections de la dernière année.
Une fiche contact (formulaire de recueil des informations, ) simple permet une
localisation précise. Les formulaires papier (et les fichiers numériques)
sont centralisés à la Société d’Histoire Naturelle
d’Autun pour leurs saisies.
2. La cartographie
Le maillage retenu est le 1/8 des cartes IGN 1/50 000° soit 537 quadrants
(voir pages 18 et 19). Il est compatible avec celui des inventaires collectifs
du Muséum National d’Histoire Naturelle et de la S.F.E.P.M. (voir
feuille de Neomys n°3)
.
3. Calendrier
Lancement et envoi des formulaires d’observations
Mars 1997 (la feuille de Neomys n°1)
Poursuite de l’information aux naturalistes
Décembre 1998, 1999 (la feuille de Neomys n°2, n°3)
et 2000 (La feuille de Neomys n° spécial)
Cartographies Chiroptères et poursuite de l’information
2ème semestre 2002 (la feuille de Neomys n°4, 5
et 6)
Retour des données 30 septembre 2003
Cartographies Micromammifères, Carnivores
2ème semestre 2003 (la feuille de Neomys n°7)
Dernier retour des données 30 septembre 2004-2005 (synthèse,
réalisation et édition)
4. Les espèces bourguignonnes
Les mammifères constituent une classe d’animaux très hétérogène
de part leurs morphologies, leurs adaptations aux différents milieux,
leurs modes de vie, leurs comportements. Il faut donc adapter les techniques
de prospection à l’animal recherché. On peut classer les
mammifères en 2 catégories:
4.1. Les
espèces “invisibles” : les petits mammifères et les
chauves-souris
Les micro mammifères de part leur taille et leur mode de vie (crépusculaire
et nocturne) sont rarement décelés. L’étude du régime
alimentaire de l’Effraie des clochers (Tyto alba) nous fournit
la majeure partie des données. Une collecte des
pelotes a été mise en place en parallèle
avec les prospections estivales des chauves-souris pour couvrir la région
Bourgogne ).
Pour les chauves-souris, la récolte de données est délicate et semble plus difficile. Le détecteur à ultrasons et la capture au filet ont été utilisés en complément de la recherche habituelle des animaux dans les lieux bien connus qu’ils fréquentent (églises, ponts, châteaux, maisons abandonnées, cavités souterraines...). Un Plan Régional d’Actions Chauves-souris a été mis en place en 1998 pour cet ordre
4.2. Les espèces “visibles”
Leur localisation est relativement facile par observation directe ou par le
biais des traces et/ou restes de repas. Ce sont en particulier le hérisson,
la taupe, l’écureuil, le loir, le lérot, le rat d’eau,
le rat noir, le rat surmulot, le rat musqué, le ragondin, le lièvre,
le lapin de garenne, tous les carnivores et les artiodactyles. Les espèces
“gibiers” sont bien suivies, notamment avec les plans de chasse,
par les DDAF, les FDC et l’ONCFS, en revanche les autres espèces
sont relativement mal connues ! Dans un premier temps, nous avons orienté
nos recherches sur les espèces bio indicatrices et “en danger”
comme la Loutre..
Les espèces “plus familières” suscitent moins d’intérêts
et sont généralement peu notées par les naturalistes plus
à la recherche d’une observation exceptionnelle, d’une “coche”.
C’est donc pour ces espèces que nous avons besoin d’observateurs
pour compléter les cartes et affiner leur statut.
Les pages suivantes présentent ces espèces
“familières”...
Les Insectivores
Le Hérisson d’Europe
Erinaceus europaeus
Nocturne, les populations de cet insectivore paient un lourd tribu au trafic
routier et c’est d’ailleurs souvent écrasé qu’il
est noté. En France, on constate une baisse de ses populations.
Qu’en est-il en Bourgogne ? Est-il présent dans toutes les petites
régions naturelles ?
La Taupe d’Europe
Talpa europaea
Ce mammifère nous semble très commun et familier. Il nous est
donc rarement signalé.
La Taupe est surtout décelée par les petits dômes de terre
qui poussent un peu partout dans les pelouses et les prairies. Mais attention,
un rongeur bourguignon, le rat taupier, Arvicola terrestris, fait également
de petits monticules de terre.
Pour éviter la confusion, ne noter que l’animal vu.
Les Carnivores
Le Renard
Vulpes vulpes
Très ubiquiste et opportuniste, le renard est sans doute bien présent
sur l’ensemble de la région.
Le Blaireau
Meles meles
L’époque des empoisonnements aveugles et du gazage systématique
est révolue, les vagues de rage étant passées, notamment
celle de 1988-1989, le Blaireau “s’est refait” une santé.
Bien présent en Morvan, qu’en est-il des autres petites régions
? Est-il commun partout ?
Les moyens mustélidés
La Fouine
Martes fouina
Truffe rose. Bavette blanche descendant sur les pattes avant.
Pelage gris brun d’aspect clair.
Cette cousine de la Martre est une espèce rupicole.
Ce carnivore des villages a colonisé également les villes !
Ses mentions nous intéressent
.
La Martre
Martes martes
Truffe noire. Bavette orangée sous le cou.
Pelage brun chocolat sombre.
Espèce forestière, la Martre est-elle présente partout
en Bourgogne ?
Le Putois
Mustela putorius
Un corps cylindrique allongé, des pattes courtes, une tache blanche au
bout du museau et un duvet jaunâtre clair avec de longs poils noirs et
blancs à la racine.
Depuis 1950, ses populations subissent un déclin général.
Il est vulnérable au piégeage, aux bouleversements des milieux
tels l’assèchement des zones humides, la disparition des haies
et des bosquets et à la raréfaction des ressources alimentaires.
Cette espèce mérite que l’on clarifie son statut dans les
différentes régions biogéographiques
.
Les petits mustélidés
La Belette
Mustela nivalis
Ce qui frappe chez ce carnivore c’est sa taille : une vingtaine de centimètres
queue comprise pour un poids ne dépassant guère les 100g ! En
effet, ce spécialiste des campagnols doit passer dans un trou de souris
!
Discret, son statut est difficile à aborder.
Pelage d’aspect brillant. Pas de tache noire à la queue. Tâche
jugale. Ligne de démarcation dorso-ventrale non nette, sinueuse.
L’Hermine
Mustela erminea
Ce carnivore est connu pour sa robe blanche en hiver et rousse brune en été.
Ses observations sont rares et ponctuelles.
Elle ne semble pas couvrir toutes les petites régions de Bourgogne. Mais
qu’en est-il réellement ?
Bout de la queue noire. Ligne de démarcation rectiligne.
Les Rongeurs
L’Ecureuil roux
Sciurus vulgaris
Tout le monde le connaît, mais est-il présent sur l’ensemble
de la Bourgogne ?
Rencontre-t-on l’Ecureuil gris (Sciurus carolinensis) ? Cette espèce
aurait été signalée au début des années 1990
à Auxerre !
Le Lérot Eliomys quercinus
et le Loir gris Glis glis
Ces 2 dormeurs sont souvent confondus. Le Lérot semble plus commun que
son cousin le Loir !
Le Lérot. Facilement reconnaissable
à ses grandes oreilles et ses gros yeux saillants ornés d’une
bande noire. Une queue garnie de poils noirs et blancs à l’extrémité.
Le Loir. Un pelage gris cendré et une queue touffue uniforme.
Le Rat noir
Rattus rattus
Un pelage cendré noirâtre avec des reflets argentés. Une
queue écailleuse dépourvue de poils.
Il se distingue du surmulot par des oreilles plus grandes et peu velues.
Très lié à l’habitat humain, ce rat est en régression,
sans doute due à une très forte concurrence avec le surmulot,
à la disparition des greniers à grains, à une dératisation
systématique, à un changement des matériaux de construction,
aux progrès d’hygiène
…
Le Rat surmulot
Rattus norvegicus
Généralement brun, on le nomme également rat brun, rat
jaune ou encore rat d’égouts. Plus grand et plus trapu que le rat
noir.
Omnivore par excellence, le surmulot est un commensal de l’homme
.
La Souris grise ou domestique
Mus musculus
Elle peut être confondue avec le mulot gris que l’on peut également
rencontrer dans les maisons. Elle s’en distingue par une couleur grise
marquée, des yeux, des oreilles et une queue plus petite.
Les Lagomorphes
Le Lièvre brun Lepus capensis
et le Lapin de Garenne Oryctolagus cuniculus
Ces deux espèces “gibiers” ont connu ces dernières
années des chutes d’effectifs importants.
Le Lièvre brun. Extrémité
des oreilles noire et iris jaunâtre.
Le Lapin de Garenne. Il se distingue
par des oreilles petites, plus courtes et sans tache noire.
A la mode dans les années 1980, le Lapin
américain (Sylvilagus
floridanus) a été introduit ça et
là. Que sont devenus ces clandestins lâchés en terre burgonde
?
Sans oublier les autres espèces comme le Castor d’Eurasie,
le Ragondin, le Rat musqué,
le Chat forestier, la Genette et le Lynx d’Europe
Les
micromammifères
par Daniel Sirugue
Atlas des insectivores et des rongeurs de Bourgogne
L’état d’avancement de cet inventaire se résume par
la carte ci-contre pour la période de 1985 à 2001

Plus que quelques trous à combler et l’ensemble des petites régions
naturelles de Bourgogne auront eu leurs lots de
pelotes d’Effraie des clochers décortiquées.
Actuellement, 139509 proies analysées
permettent d’avoir une réelle connaissance des peuplements de petits
mammifères sur la région Bourgogne.
L’espèce élue au premier tour avec la majorité (50,53%)
est le Campagnol des champs (la
carte reflète également sa répartition bourguignonne, il
est donc très commun), viennent ensuite les
mulots avec 13,6%,
la Musaraigne musette avec 12,4%,
la Musaraigne couronnée
avec 9,13%, le Campagnol
agreste avec 5,17%
et le Campagnol roussâtre avec
2,72%. Les autres espèces
ne franchissent pas les 1%.
Par contre, nous n’avons toujours pas trouvé (ou retrouvé
?)
le Campagnol de Gerbe (Microtus pyrenaicus),
le Campagnol souterrain provençal (Microtus duodecimcostatus)
ou la Musaraigne des jardins (Crocidura suaveolens).
Ces 3 espèces ne font sans doute pas partie de la faune sauvage bourguignonne
.
Remerciements à tous les naturalistes et personnes qui nous ont fait
parvenir des pelotes, leurs résultats ainsi que toutes les personnes
qui ont travaillé sur la décortication et l’analyse.