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Les odonates rares
Par Nicolas VARANGUIN et Daniel SIRUGUE
Carrefour d'influences climatiques diverses, la Bourgogne abrite environ 60
espèces de libellules (plus de 60 % des espèces françaises).
Le Morvan, qui a fait l'objet d'un inventaire préliminaire, accueille
au moins 16 espèces classées en Liste Rouge, et 4 espèces
protégées nationalement, mais présente surtout une diversité
remarquable puisqu'on y trouve aussi bien des espèces eurosibériennes
(Somatochlora arctica,
par exemple), que des espèces typiquement méditerranéennes
(Crocothemis erythraea,
Sympetrum meridionale).
De nombreuses espèces d’odonates sont menacées de disparition
du fait de la vulnérabilité de leur habitat. La majorité
des espèces en danger sont sténotopes. Très spécialisées,
elles sont souvent liées aux eaux courantes ou stagnantes oligotrophes,
et leurs tolérances aux pollutions organiques sont très faibles
(eutrophisation due aux rejets des eaux usées d’origine domestique,
industrielle ou agricole, épandages). Outre les pollutions, les menaces
sont diverses, et sont souvent directement liées à la modification
ou la destruction de leur habitat : atterrissement, boisement spontané,
assèchement, comblement, aménagement, rectification des berges,
coupes forestières, plantations, exploitation de carrières, régulation
des niveaux d’eau, curage, pisciculture, disparition des haies et des
prairies indispensables aux adultes et immatures…
Ces modifications des milieux ont déjà entraîné la
disparition de plusieurs espèces dans de des pays limitrophes (Grande-Bretagne,
Belgique, Luxembourg, Allemagne, Suisse…). La France n'est pas épargné,
et les fortes capacités de dispersion et de recolonisation de certaines
espèces ne suffisent plus à compenser le morcellement des métapopulations.
Des prospections systématiques
portent sur les espèces bio-indicatrices jugées prioritaire vis-à-vis
:
- de leur rareté ou du degré de menace au niveau
régional, national et européen, d’une dynamique de population
négative
- de leur statut de protection au niveau national
- de leur appartenance aux annexes II ou IV de la Directive
Faune-Flore-Habitats
- d’un intérêt biogéographique évident
Somatochlora arctica
Du 29
juin au 4 août 2004 – Inventaire des populations
de Cordulie arctique en
Morvan (58 et 71)
D’affinités boréo-alpine, la
Cordulie arctique (Somatochlora
arctica) est une espèce de libellule rarissime
en Bourgogne. Localisée quasi exclusivement aux massifs montagneux en
France (Pyrénées, Massif central, Alpes, Jura, Vosges, Ardenne),
où sa situation reste préoccupante, elle n’avait jusqu’alors été observée
dans la région qu’il y a une quinzaine d’année sur
une tourbière du Haut-Morvan par J.-C. LALEURE, sa reproduction sur
le site n’ayant alors pas été prouvée. C’est
une libellule inféodée aux tourbières à sphaignes ou à Hypnacées,
et aux cariçaies acides, neutres ou alcalines. Dans le cadre du
programme de l’OFAPB, et en vue d’éclaircir son statut en Morvan, des
prospections systématiques ont débuté en
2004 et se poursuivront en 2005 sur les tourbières à sphaignes
du massif. Du 29 juin 2004 au 4 août 2004, huit journées
ont été consacrées à cet inventaire, et ont permis
de mettre en évidence la reproduction de cette espèce sur un
site du Haut-Morvan montagnard et un
site du Haut Morvan Colinéen, avec la découverte
d’exuvies, et l’observation d’adultes en vol.
Liste des participants : Nicolas VARANGUIN,
Damien LERAT
Quelques espèces « prioritaires »
- L’Agrion de Mercure Coenagrion
mercuriale
- L’Agrion orné Coenagrion
ornatum
- La Leucorrhine à gros thorax
Leucorrhinia pectoralis
- Le Gomphus serpentin Ophiogomphus
cecilia
- Le Gomphus à pattes jaunes
Gomphus flavipes
- La Cordulie à corps fin
Oxygastra curtisi
Parfois abondant en Bourgogne, l'Agrion de Mercure n'en demeure pas moins une espèce menacée au niveau national et international

Photo O. Bardet
Cordule à corps fin. Disséminé en France, cette libellule, protégée nationalement, est inscrite aux annexes II et IV de la "Directive habitats"

Photo O. Bardet
Echantillonnage des Gomphidae de la Loire et de l’Allier –
été 2003
Les bords de Loire sont favorables au développement des larves de plusieurs espèces menacées de Gomphidae

Photo N.
Varanguin
Des prospections menées
par les naturalistes bourguignons ont permis de déceler la présence
de deux espèces protégées au niveau national sur la Loire
et l’Allier :
- le Gomphus serpentin (Ophiogomphus
cecilia),
- Le Gomphus à pattes jaunes
(Gomphus flavipes)
Gomphus serpentin mâle.Très disséminées en France, les populations les plus importantes de cette espèce se rencontrent sur le bassin de la Loire..

Photo
O. Bardet
Un échantillonnage
systématique a été réalisé durant l’été
2003 sur ces deux cours d’eau, afin de préciser la répartition
et le statut de ces espèces en Bourgogne. La méthodologie utilisée
consistait en :
- une recherche des adultes, subadultes et récolte des exuvies,
Exuvie de Gomphus à pattes jaunes.Les adultes de Gomphidae se dispersent très rapidement après l'émergence, la recherche se focalise sur les exuvies

Photo O. Bardet
- le long de transects linéaires de 500 m de berges,
- sur des points d’échantillonnage situés tous les 10 km
de linéaire,
Deux passages sur chacun des points de prospection ont été effectués
durant la période de vol des Gomphidae, et
par période de beau temps. Cet inventaire a permis la récolte
de plusieurs centaines d’exuvies
dont l’analyse et la détermination permettra d’affiner la
connaissance des habitats des deux libellules.
