COMPTE-RENDU DE LA SOUTENANCE
DE LA THESE
D’OLIVIER BETHOUX SUR
LES ARCHAEORTHOPTERA
par Georges GAND
article paru en français et en anglais dans le bull N° 189
Le 16 décembre 2003, au Muséum National d’Histoire Naturelle, Olivier BETHOUX présentait sa thèse pour obtenir le grade de Docteur en Paléontologie. Son sujet "Évolution des Archaeorthoptera (Insecta : Neoptera) du Paléozoïque supérieur au Mésozoïque inférieur. Diversité taxonomique, disparité morphologique, paléoécologie" fut soutenu et débattu devant le jury composé de : P. JANVIER, Directeur de recherche au CNRS (MNHN, Paris), Président ; X. MARTINEZ-DELCLOS, Professeur (Université de Barcelone), Rapporteur ; S. ENGEL, Professeur (Université du Kansas), Rapporteur ; J. W. SCHNEIDER, Professeur (Université de Freiberg), Examinateur ; G. GAND, Professeur Honoraire, (Biogéosciences CNRS, Université de Bourgogne), Examinateur ; A. NEL, Maître de conférence (MNHN, Paris), Directeur de thèse ; J. GALTIER, Directeur de recherche au CNRS (AMAP, Montpellier), Directeur de thèse.
A l’issue d’une brillante soutenance, Olivier a reçu le titre de Docteur avec les félicitations du Jury.
Après avoir passé un DEA au Muséum national d’Histoire Naturelle (Paris), Olivier fut admis à préparer sa thèse au laboratoire d’Entomologie du Muséum de Paris sous les directions d’André Nel, spécialiste des Insectes fossiles et de Jean Galtier, spécialiste de Paléobotanique. Pour des raisons de commodités, Olivier commença et poursuivit ses travaux au CIRAD de Montpellier, près des gisements à insectes du bassin de Lodève dont une grande partie du matériel fut récoltée, durant les vingt dernières années, par le Dr Jean Lapeyrie, Chirurgien à Lodève.
Au terme de ses recherches et études, Olivier présenta un long mémoire, richement illustré accompagné d’annexes qui regroupent les nombreuses notes écrites pendant 3 ans.
Ce long travail est consacré à un sujet qui a été bien ciblé puisqu’il permet de suivre un groupe entomologique du Carbonifère supérieur au Trias moyen, sur près de 70 Ma. Et, ainsi d’aborder ce qui a pu se passer au passage des périodes Carbonifère/Permien et Permien/Trias, donc la crise fini-permienne. Le choix des Archaeorthoptera a été, de ce point de vue, judicieux car c’est un groupe qui illustre bien la biodiversité dont l’étude a permis de proposer une phylogenèse rénovée et argumentée suivie de celle de l’évolution de la diversité taxonomique, de de la disparité morphologique, notamment avec l’évolution des types de vol et l’acquisition des appareils de stridulation. Un chapitre de paléoécologie complétait le mémoire qui est agréable à lire, bien construit avec une problématique bien formulée, logique, démonstratif, critique et honnête.
Ce mémoire sous-entend un important travail qui a été efficace et méthodique. Et nous savons pour l’avoir vu, qu’Olivier Béthoux n’a pas ménagé ses efforts pendant ses 3 années de recherches et d’études. Elles ont été bien remplies, voire intenses puisque le doctorant présenta au jury un travail de 213 pages et un volume d’annexes qui comporte 14 articles de rang A (3 étant sous presse), rédigés en anglais dans des revues internationales.
Si on y ajoute ses déplacements à l’étranger pour étudier les collections de Londres, Moscou, des USA, on voit qu’Olivier Béthoux est un chercheur dynamique, efficace, très sérieux, qui a une grande volonté d’aboutir. Toutes ses qualités sont gages de réussite. Et le jury ne manqua pas de lui souhaiter que sa passion des insectes puisse s’exercer dans un cadre professionnel, dans un avenir le plus proche possible.
Depuis, janvier 2004, dans le cadre d’une bourse "post-doc", Olivier a travaillé au département de Géologie de l’Université Yale (USA). Comme sa bourse n’a pas été renouvelée, il reviendra en France en janvier 2005. Nous lui souhaitons de réussir rapidement dans ses nouvelles démarches d’intégration dans les organismes universitaires.
Nous présentons, ci-après, le résumé et l’"abstract" empruntés à sa thèse.
Résumé.
Les premières "crises" biologiques concernant
les insectes ailés, du Carbonifère
supérieur au Trias
moyen,
sont étudiées en prenant l’exemple du
clade Archaeorthoptera.
De niveau super-ordinal mais sans rang taxonomique formel,
ce clade inclut les ordres Orthoptera, Titanoptera, Caloneurodea
et une partie des "Protorthoptera".
A partir de la révision de matériel précédemment
décrit et de la descriptions de nouveau matériel,
nous proposons de nouvelles homologies des schémas
de nervation alaire, impliquant des fusions complexes de
nervures principales. La taxonomie des Archaeorthoptera aux
rangs générique et spécifique est révisée.
Sur ces bases et avec l’appui d’une analyse cladistique,
nous proposons
une hypothèse de phylogénie impliquant
notamment que :
1.
deux clades carbonifères, Eoblattida sensu
n. et Cnemidolestida sensu
n., n’ont
aucun représentant connu au Permien
2 le
clade Panorthoptera est
monophylétique,
3 la famille "emblématique" des Geraridae est groupe-frère
des Titanoptera.
La diversité taxonomique du groupe est étudiée à partir
d’un décompte des espèces connues, au sein de groupements
définis d’après l’hypothèse phylogénétique.
La disparité morphologique du groupe est étudiée d’après
les types de vol et les appareils de stridulation.
La comparaison des résultats
de ces deux études révèle l’existence de plusieurs événements,
qui sont mis en regard avec la paléoécologie des Archaeorthoptera.
Au cours du passage Carbonifère
- Permien, la faune archaeorthoptéride
est fortement modifiée : la diversité taxonomique spécifique
relative des Orthoptera passe de 5% au Carbonifère à 70% au Permien.
Cette modification est probablement liée aux modifications contemporaines
des biotopes.
Le passage Permien
- Trias est marqué par l’extinction,
pour des raisons inconnues, de l’ordre Caloneurodea, qui a une forte contribution
en termes de disparité morphologique (type de vol et appareil de stridulation
uniques). Au Trias, les groupes possédant un appareil de stridulation
(Ensifera et Titanoptera) montrent une forte diversité taxonomique, probablement
liée à cette dernière innovation. L’évolution
des Archaeorthoptera du Paléozoïque supérieur au Mésozoïque
inférieur a été fortement marquée
par des modifications des biotopes et par
des innovations apparues au sein de ce groupe.
Mots-clés. Insecta, Cnemidolestida, Eoblattida, Orthoptera, Titanoptera, Caloneurodea, phylogénie, biodiversité, paléoécologie, évolution, Paléozoïque, Mésozoïque.
Title.
Evolution of Archaeorthoptera (Insecta : Neoptera) from Late Palaeozoie to Early Mesozoic.
Taxonomie diversity, morphological disparity, palaeoeeology.
Abstract. The first known
biological crises that concerned the winged insects,
between
the Late
Carboniferous and the Middle
Triassic, are studied from
the evolution of the clade Archaeorthoptera.
This clade
of super-ordinal level
but without formal taxonomic rank
includes the orders Orthoptera, Titanoptera,
Caloneurodea, and a part of the former "Protorthoptera". As a result of the reinvestigation
of material previously described and the description of new material, we propose
new homologies of the wing venation patterns, implying complex fusions of main
veins. The taxonomy of Archaeorthoptera at generic and specifie ranks is revised.
From this basis and using a cladistic analysis, we propose a phylogenetic
hypothesis implying that, notably,
1 the two
Carboniferous clades Eoblattida sensu n. and Cnemidolestidasensu n. have no
known Permianrepresentatives,
2 the clade
Panorthoptera is monophyletic,
3 the "emblematic" family
Geraridae is the sister-group
of the Titanoptera.
The taxonomic diversity
of the clade
is studied after the count
of the known species, within groups defined in our
phylogenetic
hypothesis. The
morphological disparity of
the whole clade is related to the flight modes
and the stridulatory
apparatuses.
The comparison
of the results of these studies reveals the
occurrence of
several
events, which are analysed
after the consideration of the palaeoecology
of the Archaeorthoptera.
At the Carboniferous - Permian boundary
the archaeorthopterid fauna is strongly
modified : the specific
relative taxonomie diversity
Orthoptera changes from 5% in the
Carboniferous to 70% in
the Permian. This. modification is
probably related to contemporaneous
changes in biota.
The Permian - Triassic boundary
is marked by the extinction, for unknown reasons, of the
order
Caloneurodea,
which highly contributes
to the morphological disparity of
the whole clade (unique
flight mode and stridulatory apparatus).
The Triassic
insects possessing
a stridulatory apparatus
(Ensifera and Titanoptera) show a high
taxonomic diversity,
probably linked to this last innovation.
The evolution
of the Archaeorthoptera from
the Late Palaeozoic to the Early
Mesozoic is strongly
marked by modifications
of biotopes and by
several
innovations acquired
within
the group.
Keywords. Insecta, Cnemidolestida, Eoblattida, Orthoptera, Titanoptera, Caloneurodea, phylogeny, biodiversity, palaeoecology, evolution, Palaeozoic, Mesozoic.